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10 bénéfices que le Digital pourrait apporter aux administrations Africaines

Le thème de l’article précédent portait sur les difficultés d’adoption des méthodes Agile, que rencontrent les Directions des Systèmes d’Informations (DSI) d’Afrique Subsaharienne Francophone (ASF). Dans ce dernier, j’abordais les points essentiels qui font qu’en Afrique les DSI peinent aujourd’hui à déployer ces méthodes au sein de leur organisation.
Ces nouvelles méthodes ne s’appliquant pas seulement au monde de l’entreprise, ce nouvel article présente les bénéfices que le Digital pourrait apporter aux administrations Africaines.
L’état de l’art des administrations Africaines
Quel que soit notre pays de résidence ou d’origine en Afrique, chacun d’entre nous a déjà été confronté à devoir effectuer une démarche administrative. Que ce soit dans le cas d’une demande de document administratif ou d’un renouvellement d’une pièce d’identité par exemple. Force est de constater que l’administration publique, quelque soit le pays, en Afrique centrale au Gabon par exemple ou en Afrique de l’ouest au Mali ou encore en Côte d’Ivoire, les démarches administratives ne sont pour la plupart pas dématérialisées et nécessitent une présence physique.
Aussi dans la majorité des cas, les délais d’obtention de résultat peuvent facilement varier d’une heure à plusieurs jours pour un même document administratif. En regardant de plus près les processus de ces différentes administrations, on peut se rendre compte que le papier est encore beaucoup trop utilisé, d’un manque évident de dématérialisation et d’efficacité, d’un service qui n’est pas toujours à la hauteur des frais réglés pour l’obtention de celui-ci et très souvent d’une disponibilité très limitée des agents publics. La majorité des administrations en Afrique optent très souvent pour des journées de travail continues, et au-delà d’une certaine heure dans l’après-midi il est quasiment impossible de pouvoir réaliser une démarche ou d’être en mesure de retirer un document.
Ces nombreuses limites de nos administrations Africaines peuvent être adressées avec les possibilités multiples qu’offre le Digital de façon très pratique tout en permettant aux agents publics de conserver leur emploi et de se recentrer sur des tâches d’analyses à plus forte valeur ajoutée.
L’indice EGDI des Nations Unies, l’e-gouvernement et l’e-administration
L’indice EGDI (indice de développement des e-gouvernements) des Nations Unies permet de mesurer le niveau de digitalisation d’un pays, plus généralement il s’agit de la notion d’e-gouvernement et dans certains cas d’e-administration, ce terme désignant les services publics que l’état pourrait fournir aux populations Africaines en s’appuyant sur les nouvelles technologies.
Au niveau mondial, les dépenses d’investissements dans l’e-gouvernement n’ont pas cessé d’augmenter ces dernières années. En 2016, elles représentaient environ plus de 31 000 Mds FCFA (57 Mds de dollars), en 2015 elles s’élevaient à 28 000 Mds FCFA (51 Mds de dollars) et en 2014 elles avoisinaient 25 000 Mds FCFA (45 Mds de dollars) ; soit une augmentation moyenne de 13% tous les ans.
L’indice EGDI est basé sur trois indices normalisés qui sont :

LEX4
  • Le niveau d’infrastructure des télécommunications
  • L’indice du capital humain
  • L’indice des services en ligne

Evolution de l’indice EGDI dans les 5 continents
Meilleures performances en Afrique

  • Île Maurice, 58ème
  • Tunisie, 72ème
  • Afrique du Sud, 76ème
  • Maroc, 85ème
  • Seychelles, 86ème
  • Côte d’Ivoire, 175ème

Le graphique ci-dessus nous montre que l’Europe arrive en tête du classement sur les 5 continents et que l’Afrique continue d’être en retard en comparaison avec les autres continents.
En France par exemple, l’objectif à l’horizon 2022 est de permettre à chaque citoyen d’effectuer 100% de ses démarches en ligne.
Selon l’étude EY sur la transformation de l’action publique en France, il faudrait investir 2 000 Mds FCFA (3,6 Mds de dollars) sur un quinquennat pour générer un gain de productivité annuel de 8 000 Milliards FCFA (14,5 Mds de dollars) à horizon 2022.
En ASF, la Côte d’Ivoire a lancé un vaste programme de digitalisation de ses administrations
Nombreuses sont les initiatives de digitalisation lancées ces trois dernières années autour des services publics de l’Etat Ivoirien. Ce vaste chantier de digitalisation des administrations publiques a été confié à l’ANSUT (Agence Nationale du Service Universel des Technologies).
Un premier projet pilote initié en 2013 avait même déjà permis de recenser plus de 300 démarches administratives issues de plusieurs ministères tels que l’éducation nationale, l’agriculture, le tourisme, pour ne citer que ceux-là. Une trentaine de ces démarches a déjà été dématérialisée en partenariat avec les ministères et intégrée sur le portail “e-démarches administratives”.

Portail du service public ivoirien
Ainsi, ce chantier stratégique qui pourrait aussi s’appeler « dématérialisation des services publics » à destination des populations est un sujet clé pour les Etats Africains au vu des bénéfices qu’il apportera non seulement au gouvernement mais aussi aux populations. Ces bénéfices que nous allons aborder dans les paragraphes suivants pourraient être répartis sous les quatre grands axes majeurs suivant :

  • L’éthique et la sécurité
  • La performance
  • L’économie
  • L’accessibilité et la disponibilité.

Ethique et sécurité
1.      Faire baisser la corruption dans les administrations
La corruption reste un fléau que plusieurs Etats partout dans le monde et surtout en Afrique souhaitent éradiquer depuis de nombreuses décennies, et ce malgré les multiples initiatives entreprises dans ce sens. Nombreux sont les Africains qui n’hésitent pas à donner des pots-de-vin ou passe-droits par nécessité pour corrompre des agents afin que leur dossier soit traité dans les administrations. Cela parait très souvent aberrants, mais hélas ces pratiques existent et sont fortement ancrées dans nos administrations publiques.
Le digital pourrait ainsi permettre de supprimer ces agents intermédiaires qui moyennant certaines sommes d’argent facilitent le traitement des démarches administratives et ainsi remettre à l’ordre du jour le traitement équitable de chaque individu à travers une gestion de flux de demandes automatisées.
2.      Renforcer la transparence entre les administrations et les populations
A travers des plateformes dédiées aux démarches administratives, les populations auraient la possibilité depuis leur canapé ou leur lit d’effectuer leur démarche administrative et de suivre le processus de bout en bout jusqu’à la mise à disposition de leur document.
Le digital permettra ainsi d’améliorer les délais de façon significative grâce à un modèle complètement automatisé et intelligent avec des possibilités de transmission de document via un courriel ou une agence postale qui pourra aussi servir de tiers certificateur des documents administratifs.
3.      Sécuriser et authentifier les procédures administratives
L’authentification via une plateforme unique en utilisant des protocoles de clé unique ou de signature électronique permettra aussi de prévenir contre les usurpations d’identités et de garantir l’intégrité de l’information. En 2017, nombreuses sont les cyberattaques qui ont paralysé de grandes organisations internationales. Ces différents évènements nous démontrent aussi bien qu’aucune administration ni entreprise n’est à l’abri d’une cyberattaque.
Il devient de plus en plus important de veiller à la protection des données privées des citoyens en développant le champ de compétences de cyberdéfense de l’Etat et une sécurité renforcée des plateformes administratives est donc indispensable.
Performance
4.      Gagner en efficacité et en productivité au sein des administrations
La dématérialisation de l’ensemble des procédures administratives et le fait d’offrir la possibilité d’effectuer toutes les démarches en ligne vont permettre une hausse de l’efficacité fiscale en réduisant les déficits de façon significative. En effet, la collecte des recettes des Etats se fera de façon non seulement plus rapide mais nécessitera beaucoup moins de ressources. Un endiguement des fuites sera également rendu possible pour les administrations.
Le digital permettra de donner de nouvelles perspectives à la réalisation de processus répétitifs. Grâce à lui, les opérations de contrôle fiscal seront automatisées et un redéploiement des agents publics sera envisageable à des postes à plus grande valeur ajoutée. Ainsi, le digital accélèrera le traitement des processus, limitera le risque d’erreur, raccourcira les délais de paiement et permettra de rediriger les agents publics vers des tâches à valeur ajoutée (traitement d’exception, etc.).
5.      Rationnaliser et simplifier les échanges inter – administratifs
En Afrique, il est très fréquent suite à une relance concernant une démarche impliquant plusieurs services administratifs de ne pas savoir à quel niveau du processus se trouve notre dossier.
Ce manque de visibilité et de transparence concernant le processus pourrait être rétabli grâce au digital qui permettra aux demandeurs de savoir dans quel administration et à quel niveau du processus se trouve notre dossier. Ainsi, les échanges entre administrations seront considérablement simplifiés.
6.      Se doter de système d’information intégré et centralisé
L’interopérabilité reste un mot clé qu’il ne faut pas négliger. En effet, la construction d’une plateforme nationale capable d’interconnecter toutes les administrations et d’offrir tous les services publics n’est pas une chose évidente et facile.
La valeur créée par les technologies digitales sera d’autant plus démultipliée que les systèmes et les données seront reliés entre eux. Les Etats pourraient ainsi centraliser toutes les informations.
Les utilisateurs de ces services pourront via des plateformes d’Open Data accéder aux données pour les exploiter. In fine, on aura une meilleure connaissance des habitudes des populations ce qui permettra de mieux anticiper les besoins du futur.
L’économie
7.      Réduire les coûts de gestion des administrations publiques
L’objectif du “zéro papier” est un véritable challenge pour les administrations Africaines. On estime à plusieurs milliards FCFA le budget annuel dépensé par nos différents Etats pour acquérir du papier issu des forêts qui ne cessent d’être dépourvues de leurs arbres.
La dématérialisation des démarches et procédures administratives permettra de faire baisser le pourcentage de papier utilisé au sein des administrations et d’optimiser les ressources. Une réduction importante des coûts de gestion des administrations publiques des Etats sera donc à prévoir.
En Côte d’Ivoire par exemple, le système intégré de gestion des fonctionnaires et/ou agents de l’Etat “SIGFAE” a permis une meilleure gestion de l’effectif et de la masse salariale de l’Etat. En prime, une économie d’au moins 30 Mds de FCFA a été réalisée entre 2011 et 2013.
8.      Améliorer l’environnement des affaires
Un Etat qui investit dans la digitalisation de ses administrations publiques verra ses indicateurs internationaux tels que l’indice EGDI progressé et gagnera donc en visibilité internationale. Cela encouragera les investisseurs à venir s’installer, mais aussi à contribuer au rayonnement national et international du pays.
Le digital pourrait permettre d’améliorer les interactions entre les différents acteurs économiques et réduire le temps de traitement des dossiers et démarches administratives. Cela permettra de gagner un temps non négligeable et donc de l’argent au vu de l’efficacité et de la fluidité des processus administratifs.
L’accessibilité et la disponibilité
9.      Améliorer l’accès et la qualité des services administratifs
La digitalisation des administrations Africaines représente une véritable révolution culturelle, en ce sens que ce sont les services administratifs mêmes qui sont repensés, orientés vers la simplification en s’appuyant sur les spécificités des nouvelles technologies digitales. Elle pourra permettre aux populations d’accéder de façon simple, rapide et facile aux services des administrations.
Le développement de services innovants utilisant le meilleur de la révolution numérique et la création de ruptures fortes au quotidien participent également à l’amélioration significative de la qualité de service. Ces services devront être co-construits avec les populations afin de mieux repenser ces services et de les intégrer. Ce mode de démarche plus communément dénommée “design thinking” permettra de faire appel à l’intelligence collective dans une démarche de progrès.
10.  Développer le self-service et favoriser l’inclusion sociale des populations
La création d’un guichet virtuel unique fournissant un accès central aux services en ligne et une gestion plus autonome des populations permettra de désengorger les points d’accueil physiques, qui seront dès lors réservés en priorité aux bénéficiaires dont la situation nécessite une action coordonnée et personnalisée. Sur celui-ci, l’utilisateur pourra également utiliser des moyens d’e-paiement pour régler ses frais d’accès à certains services publics.
Dans la majorité des pays d’Afrique francophone les taux de bancarisation n’étant pas très élevé et l’adoption du Mobile Money étant un véritable succès, les opérateurs téléphoniques sont en train de devenir des acteurs incontournables en matière d’e-paiement pour les populations non bancarisés. Il devient donc indispensable de construire une véritable politique de partenariats avec les opérateurs téléphoniques.

En conclusion, tous ces bénéfices nécessitent évidement un accompagnement très minutieux des populations Africaines, qui certes, pour la plupart sont jeunes et familières avec ces nouveaux modes de fonctionnement; néanmoins une grande partie des populations ne sachant ni lire ni écrire une contextualisation au contexte de chacun des pays reste indispensable pour réussir cette transformation des services publics qui nécessitera plusieurs années.
Plusieurs études démontrent qu’une croissance de 10 % du taux de pénétration des TIC dans une économie se traduit par une hausse du PNB de 1 à 2 points.
La digitalisation des administrations publiques apparaît comme l’un des accélérateurs clés de la transformation de l’économie Africaine.
Sources: United Nations E-Government Survey 2016, World Bank, ABI Research 2014, Industry data, EY et Institut de l’entreprise, Transformation de l’action publique, CIO Magazine.
Mohamed Touré (Contributeur)

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