AFRIQUE DE L'OUESTPOLITIQUE

Bénin: Le parti social démocrate: chronologie d’une descente aux enfers

L’ambiance apocalyptique que ce grand parti au Bénin, le Parti Social Démocrate (PSD)  et ses partisans vivent aujourd’hui a des origines assez récentes, mais floues. Nombreux, très nombreux sont les Béninois à ne pas comprendre le sens profond de ce qui se complote réellement.  Ce qui se trame va au-delà des deux protagonistes affichés Emmanuel Golou et Bruno Amoussou.

Avant de rentrer dans une quelconque explication, il convient de faire un bref rappel de l’histoire récente afin de mettre tout le monde au même niveau de compréhension.

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2012 : Après presqu’une éternité à la tête de ce parti qui est né en Côte d’Ivoire au début des années 90 et a porté les valeurs du socialisme au Bénin, en Afrique et dans le monde, Bruno Amoussou passe la main à Emmanuel Golou, nouveau président du PSD !

2013 : Moins d’un an après avoir pris les rênes du PSD, Emmanuel Golou écrit l’une des plus belles pages de l’histoire de ce parti, en se faisant élire Président du Comité Afrique de l’IS (International Socialiste). Une première pour le PSD et le Bénin !

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2016 : Les élections présidentielles viennent rappeler que si le président Amoussou a passé la main en 2012, c’était en vérité pour mieux s’occuper de l’UN (Union fait la nation). Tiraillé à l’interne par son incapacité à désigner en son sein un candidat pour la présidentielle, l’UN brillera par une absence de consigne claire de vote en faveur de l’un ou l’autre des candidats en lice, avant de revendiquer sur le tard un soutien ‘‘franc et sincère’’ au candidat déclaré vainqueur. Le PSD, sous la houlette de son président Emmanuel Golou, bien que parti membre de l’UN, peut arguer, à raison, qu’il ne se reconnaît pas dans le jeu flou entretenu par l’UN dans le cadre des dernières présidentielles, puisque le président Emmanuel Golou et les siens, de guerre lasse, ont finalement jeté leur dévolu sur le candidat Sébastien Ajavon, auprès de qui ils se sont résolument engagés.

On connaît la suite : ayant compris que l’UN devenait entre ses mains une coquille vide et voyant poindre une mort politique anticipée, le président Bruno Amoussou engage une opération ‘‘ Reconquête du PSD’’… Et bonjour la dissidence au sein du parti !

Parenthèses. Au plus fort de la guerre des clans qui secoue violemment le parti, je rappelle, pour m’en enorgueillir, que j’ai été reçu par le président Bruno Amoussou, et des mois plus tard par le président Emmanuel Golou, chaque fois en ma qualité du journaliste qui essayait de cerner les motivations réelles de cette guerre des chefs.

Maintenant, allons à l’essentiel…

Août 2017 : La crise, désormais ouverte, connaît un point d’orgue le 04 août 2017 avec l’élection de Clément EBO en qualité de président de ce qu’il convient de désigner « PSD, aile Bruno Amoussou »

Septembre 2017 : Le ministère de Sacca Lafia apporte son grain de sable, avec la publication au journal officiel du 15 septembre, d’éléments qui font de ‘‘Aile Amoussou’’ la seule faction du PSD ayant une reconnaissance officielle.

Décembre 2017 : L’International Socialiste, section Afrique, organise son congrès à Luanda. C’est Emmanuel Golou qui représente le PSD. Suprême reconnaissance pour lui et terrible pied-de-nez à ses adversaires, le même Emmanuel Golou est reconduit à la tête du comité Afrique de l’IS. En décidant, dans ces conditions, de renouveler sa confiance à Emmanuel Golou, l’IS a sans doute envoyé un message codé, voire subliminal, que, manifestement, les destinataires n’ont pas encore pu décrypter…

Arrive l’année 2018 : Le PSD aile Amoussou contre-attaque. Le Secrétariat général de l’IS reçoit donc une note à travers laquelle l’aile dissidente s’étonne de n’avoir pas été invitée aux assises de Luanda. Plus concrètement, l’Aile Amoussou ne cache pas sa volonté de voir Golou être déchu de son poste de Président du comité Afrique de l’International Socialiste. Dès lors, la crise jusque là nationale, s’exporte à l’international. Comment ne pas souligner ici, le manque d’élégance de la démarche ! Comment ne pas s’interroger sur la finalité du déclenchement d’un tel processus à un tel moment ?

Courant juin 2018 : Le ‘Comité Ethique’ de l’International Socialiste se réunit pour mieux connaître de la crise qui secoue le PSD. Aucun document crédible ne sort des assises du comité d’éthique. Plus clairement, aucune décision n’a été prise. Pour preuve, ni l’aile Golou ni l’aile Amoussou ne peut brandir à ce jour une quelconque notification d’une quelconque décision du Comité Ethique. Ce qui, somme toute, est logique, puisque l’affaire est pendante devant la justice béninoise qui, à cette date, n’a livré aucun verdict.

Septembre 2018 : Coup de tonnerre. La justice, arbitre de ce match d’un autre genre entre les deux factions, siffle la fin de ce qui ressemble à la première mi-temps et donne l’avantage au ‘‘ Psd aile Amoussou’’. Première manche parce que, dans la foulée de la décision de justice, le camp adverse interjette appel. Signe qu’il va falloir encore mouiller le maillot. Pourtant, sans attendre conformation, l’autre camp orchestre la jubilation. A partir de ce moment, tout va en vrille…

Depuis cette victoire provisoire devant les barreaux, l’aile Amoussou se sent pousser les ailes, à bon droit. Mais là où le bât peut blesser, ce sont les implications. Cette volonté manifeste de ternir l’image du parti à l’international. Cette guerre sans élégance. Ces crimes de guerre entretenus par la seule volonté de nuire, juste pour le plaisir de nuire.

Le plus grave est ailleurs et reste à venir…

Un incendie qui promet de réduire en cendre le socialisme…

Il n’y a pas que la crise au PSD qui a alimenté l’actualité politique. Il y a aussi eu cette volonté de réforme du système partisan. Il y a aussi eu le vote récent du code électoral et ses implications. De ce que chacun sait, on peut en déduire que le PSD reconnu par la justice n’ira pas aux prochaines élections législatives, puisqu’il est appelé à fondre dans ‘‘Le Bloc progressiste’’ qui sera conduit par Bruno Amoussou ! Ce PSD est donc promis à une disparition certaine. Mais avant d’être phagocyté, ce PSD semble déterminé à arracher au PSD ce qu’il a gagné de plus noble sur le plan international : la présidence du Comité Afrique de l’International Socialiste. Peut-être que ce combat pour la vanité portera ses fruits. Peut-être pas ! Mais il est important de marquer un arrêt, de jeter un œil dans le rétroviseur, d’apprécier le chemin parcouru et de se poser finalement cette question : tout ça pour ça ?

PS : Dans cette guerre des chefs, dans cette guéguerre des égos, tout le monde passera. Bruno Amoussou passera. Emmanuel Golou passera. Nous passerons. Ceux qui alimentent au-delà du bon sens une crise qui n’a pas lieu d’être, ceux-là passeront, tous ! Pour sa part et pour ce qu’il incarne comme idéal, pour ce qu’il apporte à la démocratie, seul demeurera : LE SOCIALISME, et avec lui, le Parti Social Démocrate (PSD). Et ça, tout le monde le sait, à commencer par les gardiens du temple, ces messieurs et dames de l’International Socialiste…

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