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Charlemagne Amoussou, le génie créateur de la marque panafricaine Lolo Andoche

Un mètre ruban contourne son cou et descend sur une chemise manche longue en tissu Kanvo, joliment arborée. Une légère broderie décore le côté supérieur droit du vêtement. Charlemagne Amoussou, le créateur de mode de 47 ans, plus connu grâce à sa prestigieuse marque Lolo Andoche, nous reçoit pour une interview exclusive dans son bureau à Cotonou. Succession d’appels sur ses deux portables, il est partagé entre précisions pour commandes et instructions à sa secrétaire. L’air serein, calme et attentif, le précurseur du prêt-à-porter made in Benin se prête avec délicatesse à nos questions.

Magazine InAfrik : Dans quelles circonstances avez-vous commencé la couture ?

Charlemagne Amoussou : Avec la couture, c’est une vieille histoire qui a commencé depuis le bas-âge, par de petites créations que je faisais moi-même, des dessins que je griffonnais sur des papiers et que je faisais coudre par un couturier pour mes sorties à l’église, à l’école… J’essayais de dessiner des modèles un peu plus hors du commun pour marquer la différence. J’allais faire des dessins de modèles au même couturier pendant mes temps morts. Ça lui permettait d’avoir des nouveautés et à moi de m’exercer.

A un moment donné, j’ai décidé d’aller apprendre à coudre. C’était en 1990, au moment où il y avait l’année blanche, j’étais en classe de 2nde. Je passais du temps avec le couturier en attendant que les cours reprennent. Du coup, j’ai commencé par apprendre à coudre et à faire les finitions. Ça n’a pas été facile, il m’a dit au départ :

tu es un ami, je ne suis pas sûr que tu pourras rester avec moi pour apprendre ce métier

Je lui ai dit :

tant que j’ai décidé, je vais le faire.

Au bout de trois années de formation, j’ai eu mon diplôme.

Vos parents ont-ils facilement accepté votre orientation artisanale ?

Mes parents savaient que j’avais un penchant très fort pour la mode. J’arrivais déjà à vendre à mes amis, des tenues que je dessinais et que je faisais coudre par mon couturier, devenu mon patron. Mes parents voyaient déjà que j’avais un chemin tracé dans ce domaine. Donc, mon père n’a pas hésité à me laisser continuer car lorsque les cours ont repris, je lui ai dit :

je préfère continuer ce métier.

Lors des premières années d’apprentissage, j’avais suffisamment évolué en quelques mois et j’avais déjà acheté une machine. Il s’est dit :

autant le laisser continuer si c’est son chemin.

 

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Etes-vous reparti à l’école pour terminer vos études ?

Après ces trois années de formation, je n’ai pas continué les cours. Tous ceux qui ont une grande ambition ou une vision noble, ont un engouement, une fougue intérieure qui ne leur permet plus de faire autre chose. Tellement il y avait à faire dans le domaine que repartir à l’école n’était plus évident. Toutefois, j’ai fait des formations parallèles.

Je peux citer entre autre, une formation de trois mois en management des entreprises à Bruxelles, les nombreuses formations sur-place pour améliorer la qualité de mon management, les renforcements de capacités en marketing et communication afin d’avoir des idées plus approfondies et quelques notions en comptabilité pour mieux gérer mon entreprise. J’ai pu faire également des stages de perfectionnement dans le métier pour sortir de la conception classique que nous avons apprise et aller vers la modernité.

Vous êtes l’un des précurseurs du prêt-à-porter Africain. Quelles sont vos spécialités ?

Au départ, Lolo Andoche avait beaucoup plus créé pour les hommes. Nous nous sommes imposé à l’époque de dépasser les limites, résultat : nos chemises étaient très demandées et étaient devenues un phénomène de mode. Cet engouement  au Bénin, au fil des années a vu la transformation des habitudes et conduit les gens progressivement vers le prêt-à-porter Africain (qui était une révélation Lolo Andoche à l’époque). Notre  particularité, c’est de proposer du prêt-à-porter Africain et le rendre accessible à la classe moyenne. Quand j’étais chez mon patron, je lui posais toujours la question de savoir :

pourquoi les Africains ne créent pas une marque comme les grandes marques que nous connaissons ?

Il me disait que cela sera très difficile parce qu’on n’est pas habitué à ça ; mais j’avoue qu’on a relevé ce défi au fil des années. Pendant 25 ans, nous avons travaillé à positionner le prêt-à-porter made in Bénin et depuis quelques années, c’est avec une grande satisfaction morale, que nous remarquons l’engouement terrible derrière la mode africaine. C’est ce pourquoi nous avons sorti il y a quelques mois, les collections Audace et 6ème sens. La collection 6ème sens notifie ce sens que nous avons et qui nous permet de voir plus vite et plus loin, de voir ce que les autres n’ont pas vu. Mais pour la collection Audace, nous avons eu le temps de prendre l’audace de faire ce que les gens ne font pas.

Habillement Homme | Lolo Andoche
Habillement Homme | Lolo Andoche

Nous avons commencé par le prêt-à-porter homme parce que les hommes sont faciles à habiller. Les femmes aiment le beau, le chic, le glamour, mais c’est un peu délicat de retrouver les formes de toutes les femmes dans le prêt-à-porter que nous proposons. Nous avons pris le temps de travailler dessus puisque la demande était très forte. En tant qu’entrepreneur, nous avons répondu à la demande. A partir de l’an 2000, nous avons commencé à proposer du prêt-à-porter femme également. Nous l’avons amélioré, et aujourd’hui, les deux sont chacun à 50%.

Lolo Andoche est uniquement spécialisée dans le prêt-à-porter hommes et dames ?

Aujourd’hui, les Ateliers Lolo Andoche confectionnent des tenues autres que le prêt-à-porter. Nous proposons également des tenues d’entreprises. Des entreprises Comme MTN-Bénin, la Sobébra, le Fonds Routier, Saham-Assurances, Ogar etc pour ne citer que ceux-là, nous ont fait déjà confiance sur des tenues d’entreprises qu’ils étaient obligés de commander à l’extérieur jadis.

Nous produisons en série pour ces entreprises qui sont très satisfaites de ce que nous faisons. Mais également, il y a beaucoup d’entreprises à l’étranger, qui viennent passer des commandes de tenues en série chez Lolo Andoche. Vingt Cinq ans après, nous avons eu le temps de nous bonifier  et aujourd’hui, on est à un niveau semi-industriel de la confection.

Habillement Homme Femme | Lolo Andoche
Habillement Homme Femme | Lolo Andoche

Combien de collections avez-vous à votre actif ?

Aujourd’hui, la mode a changé. Tout va très vite. Au départ, c’était deux collections par an, sinon au pire, quatre collections et c’est quelques rares marques qui le font. A présent, les grandes marques vont jusqu’à dix collections l’année. De 1993 à ce jour, Lolo Andoche a fait une centaine de collections.

Qu’est-ce qui vous démarque des autres couturiers ?

Pour chaque modèle Lolo Andoche, il y a une unité dans la touche de la broderie qui est assez spéciale. On est très reconnu par cette broderie qui est notre identité. Dans chaque collection, vous verrez une touche de broderie qui vous marque, attire votre attention, et la plupart est de forme géométrique. En plus de cela, nous innovons chaque mois parce que nous avons la capacité de créer et de produire en un temps record. Nous nous distinguons alors à travers :

la créativité, l’innovation et l’africanité.

 

Quelles sont les matières que vous travaillez ?

Au prime abord, Lolo Andoche est basée sur tout type de matière coton, que ce soit du coton uni ou à motif africain. Ensuite, nous utilisons le lin. Aujourd’hui, nous sommes en train de travailler sur le coton made in Bénin, le 100% tissu béninois qui est le Kanvo.

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Vos créations relèvent d’une œuvre d’art. Qu’est-ce qui vous inspire ?

Tout peut inspirer un créateur. Le fait que je discute avec quelqu’un peut susciter des inspirations sur la base d’un mot que je capte et je commence à réfléchir dessus. Ensuite, la nature ou en me baladant. J’ai remarqué que c’est beaucoup plus lorsque je suis à l’église [catholique] que je suis inspiré et j’ai plus de révélations de modèle.

Comment et à partir de quel moment vous vous êtes révélé comme une figure de proue de la mode Béninoise et Africaine ?

De 1999 à 2002, j’ai fait des tournées auxquelles je ne m’attendais pas. Avant cela, j’ai fait un grand défilé au Bénin avec la marque Vlisco pour la célébration de l’an 2000. C’est là qu’il y a eu plus de projeteurs sur Lolo Andoche, en dehors de tout ce qui a été fait par des chaînes de télévision béninoises dans le temps. A partir de là, j’ai été appelé sur plusieurs défilés et événements. Du coup, Lolo Andoche a commencé par s’internationaliser.

Selon vous, qu’est-ce qui fait un grand couturier ?

[Sans hésitation]

Un grand couturier se distingue d’abord à travers sa créativité ; c’est primordial. Ensuite la persévérance et la détermination d’aller de l’avant et de faire mieux. L’argent vient après.

A quoi mettez-vous un point d’honneur dans la confection de vos tenues ?

Tout se passe au niveau de la création. Après cela, il y a la qualité qui est très importante. Dès qu’un client prend le produit et qu’il le tourne dans tous les sens, il faut qu’il trouve une qualité impeccable. J’ai très mal parfois quand on retrouve un défaut sur une tenue.

Dans le processus de couture, j’ai toujours mon mot à dire et ma touche à apporter, bien qu’on ait une équipe où à chaque étape, il y a des contrôleurs qualité. Mais j’y jette toujours mon coup d’œil pour être rassuré.

Présent sur plusieurs défilés à travers le monde, lesquels vous ont le plus marqué ?

Deux grands défilés. Du point de vue organisation, la célébration 2000 était bien. Le 31 juillet 2017, on a eu le défilé Kanvo pour le Bénin. L’identité Béninoise dans la mode commence par s’imposer à partir du Kanvo. Au Ghana, il y a le Kinté qui attire l’attention, il y a le Faso Danfani du Burkina-Faso. Le Bénin a donc commencé par imposer son tissu Kanvo qui est fabriqué à la base avec le 100% coton béninois. La vraie richesse dans la mode béninoise va se baser sur le Kanvo.

Quelles sont les personnalités qui s’habillent chez vous ?

Là, vous me demandez un grand travail de mémoire et de comptabilité [sourire]. J’en ai vraiment habillé plusieurs. Et parmi les plus célèbres, j’ai rencontré Nelson Mandela en Afrique du Sud. J’étais parti pour les Kora Fashion Design où j’ai rencontré un ami Français qui m’a permis de le rencontrer et lui offrir quelques chemises. Le Ministre Pascal Iréné Koupaki est un client qui a porté Lolo Andoche pendant longtemps. Nous avons également Manu Dibango, une icône de la musique africaine, qui porte et qui continue de porter notre marque, sans oublier King Mensah et biens d’autres.

Une collection Lolo Andoche
Une collection Lolo Andoche

Combien de points de distribution avez-vous au Bénin et en Afrique ?

Au Bénin, Lolo Andoche a 5 boutiques directes. Nous avons un point de distribution à Porto-Novo, un point de vente à Abomey-Calavi et Erevan redistribue aussi les tenues de notre marque. En dehors de ça, nous avons des gens qui redistribuent Lolo Andoche dans la sous-région, en Afrique centrale, et aujourd’hui, nous sommes la première marque béninoise qui vend en ligne sur notre site : www.loloandoche.com. Nous avons également une boutique au Togo depuis près de 15 ans. Nous avons beaucoup de demandes en Afrique Centrale (Cameroun, Gabon, Congo et République centrafricaine) et y recherchons en ce moment des distributeurs ou business developers.

Lire la suite de l’interview: Lolo Andoche, la référence du prêt-à-porter made in Africa

Propos recueillis par : Mahude DOSSAH / Michaël TCHOKPODO

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Michael TCHOKPODO

Redacteur du magazine InAfrik

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