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Chimamanda Adichie : et si la féministe la plus influente du monde était africaine

L’actrice oscarisée Lupita Nyong’o a racheté les droits d’adaptation de son roman Americanah. Présente en 2013 sur la chanson Flawless de la célébrissime Beyonce, Chimamanda Adichie et sa réputation sont aujourd’hui internationales. A tel point que ce n’est plus une hérésie de se demander si la nigériane n’est pas devenue la féministe la plus influente du monde.

 

Il y avait une somptueuse lenteur féminine dans sa démarche, une amplitude, un roulement de fesses à chaque pas. Une démarche nigériane.

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Ces mots tirés de la traduction de son best-seller Americanah, pourraient décrire les passages remarqués de Chimamanda Adichie, sur les tapis rouges des évènements les plus médiatisés de la planète. Cela fait maintenant plusieurs années que la native d’Enugi est bien plus qu’une femme de lettre.

Une perle nigériane sous le feu des projecteurs

Le grand public la découvre en 2013, lorsque Beyonce reprend, dans la chanson Flawless, des extraits du célébrissime discours prononcé par la nigériane lors d’une conférence TED. Pourtant, à cette époque, Chimamanda Ngozi Adichie est depuis plusieurs années une star, mais dans le monde littéraire. Son premier livre, « l’hibiscus pourpre », publié en 2003, a été couvert de récompenses. Les suivants seront du même acabit et feront de la nigériane, l’auteure la plus en vue de sa génération. Cette trajectoire, ses proches sont les seuls qui auraient pu la prédire, tant la vie de la nigériane semblait intrinsèquement liée à sa plume.

En effet, lorsque Chimamanda Adichie déclare « si je ne pouvais pas écrire, je préférerais mourir », chaque mot vient du plus profond de son être. D’ailleurs, l’auteure est presque née avec un livre dans la main.

Ma mère dit que j’ai commencé à lire à l’âge de deux ans, même si je pense que l’âge de quatre ans est plus conforme à la vérité. J’étais donc une lectrice précoce

confie Chimamanda Adichie. Et comme tout bon lecteur, elle ne tarde pas à vouloir écrire ses propres livres.

J’ai commencé à écrire, vers l’âge de sept ans, des histoires écrites à la main et illustrées aux crayons de couleur que ma pauvre mère était obligée de lire

se souvient la nigériane.

Genèse d’une plume flamboyante et engagée

Chimamanda Adichie est née le 15 septembre 1977 à Enugu, au Nigéria. Durant sa scolarité et un début de cursus universitaire dans la ville de Nsukka, où elle grandit, la jeune fille se distingue par son amour pour les livres. Débutant avec la lecture occidentale, elle découvre avec le temps la beauté singulière de la littérature africaine. Mais, alors que des liens, livresques, se créent enfin entre la nigériane et sa culture, Chimamanda doit quitter son pays.  À 19 ans, elle part rejoindre sa sœur aux Etats Unis, pour y étudier. Elle obtient, en 2001, à la Drexel University de Philadelphie en Pennsylvanie, sa licence universitaire en communication et en sciences politique. Elle décroche ensuite un master en création littéraire à l’université Johns Hopkins de Baltimore en 2003.

 

Aux Etats-Unis, Chimamanda Adichie va continuer de s’éprendre de la littérature africaine. Cet intérêt va naitre avec le livre “Things Fall Apart” de Chinua Achebe.

J’avais adoré les livres américains et britanniques. Ils avaient stimulé mon imagination. Ils m’avaient fait découvrir de nouveaux mondes. Mais le corollaire involontaire de ces lectures était que j’ignorais que des gens comme moi pouvaient exister dans la littérature.

Elle commence alors à écrire en appréciant en plus du côté artistique de la littérature, l’engagement des écrivains. Cet attrait pour l’engagement lui inspire une pièce de théâtre : « For Love of Biafra », publiée au Nigéria en 1998. L’oeuvre raconte l’histoire de l’éphémère nation du BIAFRA, entrée en guerre contre le Nigéria dans les années 1960. La pièce ne connaitra pas un grand succès, même si on y entrevoit déjà le talent de Chimimanda Adichie. C’est en 2003 qu’elle écrira finalement son premier roman, « l’hibiscus pourpre ». Inspiré de son histoire personnelle, ce livre raconte la vie de Kambili, une adolescente de quinze ans vivant à Enugu, au Nigeria avec ses parents et son frère Jaja. Eugene, son père est un riche notable qui régit son foyer selon des principes très strict. Véritable héros et pilier de sa communauté ce fondamentaliste catholique assimile l’éducation de ses enfants à  une véritable « chasse au péché ». Durant la période d’instabilité créée par le coup d’Etat qui vient secouer le Nigeria, Eugene est obligé de laisser ses enfants aux bons soins de leur tante. Ils découvrent avec elle une vie nouvelle, pleine de rires et de joie de vivre. Ils y prennent goût, et se rendent progressivement compte de la nature tyrannique de leur père. Leur retour sous le toit paternel marque le début d’un conflit très violent.

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Le livre est un véritable triomphe, non seulement au Nigéria mais également à l’extérieur du pays. Pourtant, personne n’avait parié sur le succès de ce roman. Plusieurs maisons d’édition ont en effet, refusé le manuscrit de ce livre.

J’étais préparée à essuyer l’indifférence : les agents [littéraires :] avaient été tellement nombreux à m’expliquer, en rejetant le manuscrit que le Nigeria n’intéressait personne

explique Chimamanda Adichie.

Malgré tout, après sa publication, le livre est encensé par la critique et figure, l’année suivante, dans la liste des sélectionnés du prestigieux Orange Prize for Fiction qu’il ne remportera finalement pas. Mais, il sera couronné dans la catégorie « Meilleur premier » livre du Commonwealth Writers’ Prize.

Forte de ce succès, Chimamanda Adichie va publier, en 2006, son second roman, « l’Autre Moitié du soleil », dont le nom vient du drapeau du Biafra. Ce livre rencontre beaucoup plus de succès que la pièce de théâtre qu’avait écrite la romancière sur le sujet.  Contant l’histoire de deux sœurs séparées par la Guerre du Biafra, le roman fait le tour du monde. C’est finalement avec lui que l’auteure remporte le Orange Prize for Fiction en 2007, alors qu’elle achève son cycle de Maitrise des Arts qu’elle finit en 2008, à l’université de Yale. Juste à temps pour recevoir le prix MacArthur, une distinction annuelle décernée par la fondation éponyme, offrant une bourse de 500 000 dollars sur cinq ans aux lauréats.

Chimamanda Adichie va publier, en 2006, son second roman, « l’Autre Moitié du soleil »,
Chimamanda Adichie va publier, en 2006, son second roman, « l’Autre Moitié du soleil »,

En 2009, Chimamanda Adichie publie un troisième roman “The Thing Around Your Neck“, qui rencontre moins de succès que le précédent mais fait des chiffres de vente au-dessus de la moyenne. La romancière est désormais une véritable célébrité. En 2014, Chimanda Adichie publie Americanah, une histoire d’amour sur fond de mixage des cultures entre Etats Unis et Nigéria. Le livre est un véritable succès avec près de 500 000 exemplaires vendus la première semaine. Il est traduit en près de 30 langues, confirmant le nouveau statut d’écrivain star de Chimamanda Adichie.

La féministe

Si Hollywood prévoit de réaliser un film sur la vie de Chimamanda Adichie, ce n’est pas seulement pour son talent d’écrivain. En effet, la Nigériane est depuis plusieurs années l’une des figures les plus connues du féminisme mondial. Elle ne manque aucune occasion, aussi bien dans ses livres que dans ses interventions, de rappeler son engagement pour les droits des femmes. A ce propos, elle intitule son discours devant la célèbre assemblée TED “We should all be feminists“.

Chimamanda Adichie: "We should all be feminists"
Chimamanda Adichie: “We should all be feminists”

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Elle y décrira, non seulement, son attachement à la cause des femmes mais également sa vision du féminisme et des clichés qui sont liés à ce mouvement.

D’après un journaliste, (il fallait) éviter à tout prix de me présenter de la sorte (comme féministe) car les féministes sont malheureuses, faute de pouvoir trouver un mari. Cela m’a incitée à me présenter comme une Féministe Heureuse. Puis une universitaire nigériane m’a expliqué que le féminisme ne faisait pas partie de notre culture, que le féminisme n’était pas africain, et que c’était sous l’influence des livres occidentaux que je me présentais comme féministe. (…) Puisque le féminisme n’était pas africain, j’ai décidé de me présenter comme une Féministe Africaine Heureuse. C’est alors qu’un de mes proches amis m’a fait remarquer que me présenter comme féministe était synonyme de haine des hommes. J’ai donc décidé d’être désormais une Féministe Africaine Heureuse qui ne déteste pas les hommes, qui aime mettre du brillant à lèvres et des talons hauts pour son plaisir, non pour séduire les hommes.

Mais le féminisme n’est pas le seul combat de la romancière.

Avec mon éditeur nigérian, nous avons lancé une ONG qui s’appelle Farafina Trust. Nous rêvons de construire des bibliothèques et de rénover celles qui existent déjà. Nous allons fournir des livres aux écoles gouvernementales qui n’ont rien dans leurs bibliothèques

confie-t-elle. Chimamanda Adichie, n’a pas oublié d’où elle venait. Bien que beaucoup lui reprochent de ne pas vivre dans son pays et d’être plus américaine, la nigériane le sait : elle « était Ibo (Ndlr : tribu nigériane), avant l’arrivée de l’homme blanc » (in L’autre moitié du soleil).

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