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Danièle Sassou Nguesso, l’héroïne Congolaise de la lutte pour le droit des enfants et des femmes

Diplômée d’Etat en optique-lunetterie, Danièle Sassou Nguesso, mère de 4 enfants, devient la figure de la lutte pour la préservation des droits des enfants défavorisés et de la gent féminine au Congo Brazzaville. Généreuse dans l’âme et engagée par le cœur, celle qui a fait ses débuts chez Grand Optical à Paris, devient un entrepreneur social au cœur d’or pour qui, l’égalité des sexes et l’épanouissement des enfants est une priorité absolue. A cœur ouvert la Présidente de la Fondation Sounga.

Magazine InAfrik : Quel était votre rêve d’enfant ?

Danièle Sassou Nguesso : Enfant, j’ai eu plusieurs rêves selon l’âge. Mais au cœur de tous ces rêves, il y avait une constante : aider autrui.

Très tôt, vous vous orientez vers la médecine et devenez Technicien supérieur en optique-lunetterie. Pourquoi ce choix professionnel ?

Ce choix professionnel procède certainement du fait que mes parents travaillaient dans le domaine médical, mon père étant médecin et ma mère, pharmacienne. Depuis ma prime enfance j’ai toujours eu une irrépressible envie d’aider autrui.  Par mimétisme inconscient ou non de mes parents, je me suis retrouvée dans ces filières médicales et puis paramédicales pour certainement assouvir mon envie de soulager ou de porter assistance aux individus.

Vous ouvrez plusieurs magasins d’optique au Gabon, en République démocratique du Congo et au Congo Brazzaville. Pourquoi cette volonté d’expansion ?

L’ouverture de ces magasins est la suite logique de ce qui a précédé. En effet, j’avais fait mes classes chez un des leaders du secteur de l’optique en France. J’étais l’une des premières femmes à posséder une telle expertise au Gabon où j’ai créé  ma première boutique. Par ailleurs, il y avait un marché à prendre dans la sous-région Afrique centrale principalement dans les pays que vous avez mentionnés. Outre mon envie de rentrer sur le continent, toutes les conditions étaient réunies pour me mettre à mon propre compte. Je me suis lancée et j’ai progressivement pu réaliser des résultats qui m’ont permis de rapidement développer mon affaire dans plusieurs villes.

Ensuite, naîtra la Clinique Médicale et Optique de Brazzaville en 2010 !

A l’origine, la Clinique Médicale Optique de Brazzaville était principalement centrée sur les soins ophtalmologiques. Mais les besoins des populations m’ont conduit à envisager d’autres spécialités à un tel point qu’aujourd’hui, nous en avons une quinzaine  parmi lesquelles, la pédiatrie, l’orthophonie, la cardiologie, la gastro-entérologie et l’ORL.

Comment avez-vous financé ce projet colossal ?

Financer une entreprise en Afrique est toujours très difficile a fortiori quand on est une jeune femme. Les obstacles sont très nombreux notamment les garanties bancaires. Or les garanties appréciées par les banquiers sont généralement d’ordre foncier. Comment une femme peut-elle donner de telles garanties quand on sait que l’accès au foncier est l’un des privilèges dont sont exclues les femmes en Afrique notamment.

Heureusement que pour moi, les choses ont été différentes. Le marché de l’optique en Afrique centrale est en plein essor. Par conséquent, je me suis appuyée sur les partenaires financiers qui m’ont fait confiance au regard des excellents résultats de toutes les boutiques que je possède dans la sous-région. C’est ainsi que j’ai pu lever les premiers fonds pour financer cette clinique.

Présidente de l’association ‘’Le Petit Samaritain’’ et de la Fondation Sounga, à partir de quel moment investir dans le social est devenu la meilleure option pour vous accomplir ?

Venir en aide à autrui est immanent chez moi. J’ai toujours eu envie de donner, de secourir, de soulager autrui d’une peine ou d’un fardeau. Il y a une envie irrépressible  chez moi, de porter assistance à qui est dans la peine, dans le dénuement ou dans une situation fragile. Les enfants dont je m’occupe via  Le Petit Samaritain peuplent le paysage de nos villes et de nos villages comme des âmes errantes. On ne peut pas ignorer leur souffrance alors qu’on les croise tous les jours. Voir cette souffrance au quotidien m’était insupportable alors  j’ai dû faire quelque chose en créant Le Petit Samaritain.

Dans le même sillage, la Fondation SOUNGA est née d’une indignation : celle qui consiste à ne pas rester immobile devant les discriminations que subissent les femmes dans nos sociétés africaines. En effet, en dépit de l’existence des textes de lois et de règlements qui prescrivent l’égalité des sexes, les femmes continuent à être spoliées de nombreux droits. Je crois que le fait que j’ai moi-même été victime de certains obstacles dans mes activités, parce que je suis une femme a fortement contribuer à faire germer l’envie de me consacrer à elles.

Avec ‘’Le Petit Samaritain’’, vous aidez les plus démunis et les orphelins de votre pays. Comment les enfants sont-ils impactés par vos actions ?

Les actions du Petit Samaritain portent sur les enfants des maternités, sur ceux des orphelinats, des hôpitaux, de la rue ou encore sur les enfants scolarisés dans diverses écoles des villes ou des campagnes. Les uns ou les autres reçoivent selon leur besoin des kits layettes, des produits de première nécessité, du matériel scolaire ou encore, en période de fête de fin d’année, des cadeaux autour d’un arbre de Noël. Le but est d’atténuer leur peine en leur permettant de vivre un moment analogue à celui qu’ils auraient eu s’ils n’étaient pas en grande difficulté.

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Les femmes constituent votre seconde cible étant la Secrétaire générale du Mouvement des Femmes Actives du Congo. Quelles sont les actions et réalisations de ce regroupement en faveur de la gent féminine ?

Le Mouvement des Femmes Actives du Congo est une association qui milite en faveur de l’égalité homme-femme. Notre principale réalisation est Le Livre blanc pour l’amélioration de la condition de la femme congolaise. Ce livre a été réalisé en 2016 à la suite d’une série de conférences-débats réunissant 8 000 femmes dans 8 villes congolaises. Véritable exercice de démocratie participative, ces conférences-débats visaient à recueillir les difficultés des femmes de notre pays ainsi que leurs idées pour y remédier.

Nous avons également conduit une campagne d’affichage en 2017 afin de rappeler aux différents partis politiques le respect des quotas des femmes lors des élections locales, sénatoriales et législatives qui se sont tenues dans notre pays. Comme vous avez pu le constater à l’issue de ces élections, les partis politiques n’ont pas tout à fait respecté la loi électorale qui impose une représentativité de 30% des femmes sur les listes lors des élections mentionnées plus haut. Le résultat logique, c’est que sur 223 élus au Parlement (Sénat et Assemblée nationale compris), nous n’avons que 31 femmes alors que ces dernières constituent près de 52% de la population de notre pays. C’est totalement injuste !

Vous êtes également la Présidente de la Fondation Sounga que vous avez créée en 2015. Que signifie Sounga et quel sens revêt votre combat au profit des femmes ?

Sounga signifie en lingala « aide ». Le but de la Fondation  Sounga est de venir en aide aux femmes congolaises pour qu’il y ait plus d’égalité entre les sexes dans notre pays. Le sens de cette action est de leur permettre d’être autonome sur le plan économique et de contribuer aux respects de leurs droits. Contrairement à une fausse idée répandue, nous ne cherchons pas à prendre la place des hommes pour inverser la domination masculine qui prévaut actuellement. Nous souhaitons simplement une participation à 50-50 ; d’égal à égal.

Logo de l'Incubateur Sounga Nga
Logo de l’Incubateur Sounga Nga

Ce besoin d’inclusion est nécessaire voire indispensable pour le respect des femmes qui sont essentiellement confinées dans des fonctions subalternes même quand elles sont également voire davantage qualifiées que leurs collègues hommes. L’enjeu ici est le développement de notre pays. La parité est un atout qui favorisera le développement de notre pays. Les 52% de femmes congolaises sont toutes nos cibles quel que soit leur âge. Nous tentons d’intervenir dans leur quotidien en fonction de nos projets phares que sont l’incubateur féminin Sounga Nga, le Label Genre, le Focus Group annuel et le lobbying auprès des décideurs publics.

Que faites-vous concrètement à la Fondation Sounga ?

L’incubateur Sounga Nga  forme chaque année une vingtaine de femmes durant 6 semaines à l’entreprenariat. A l’issue de la formation, elles reçoivent un crédit d’amorçage. Le Focus group Sounga est une vaste enquête qui a permis, en 2017, d’interviewer 625 individus dans toutes les régions du Congo pour comprendre la perception du rôle de la femme dans notre pays. Le Label genre est une récompense attribuée aux  entreprises selon le degré d’intégration des femmes. Outre ce qui précède, des actions de lobbying sont réalisées auprès des décideurs publics à travers des argumentaires, les rencontres parlementaires, etc.

Vous êtes proactive sur les thématiques liées à la femme. De quels moyens disposez-vous pour mettre fin aux discriminations faites sur les femmes en milieu professionnel ?

Pour promouvoir l’égalité femme-homme, il faut d’abord mettre la femme à l’abri du besoin ; il faut qu’elle soit autonome économiquement et non plus dépendante des ressources de son époux ou de son compagnon. C’est une fois qu’elle possède cette liberté économique qu’elle peut envisager sereinement de combattre pour ses droits. Inspirées, par la pyramide de Maslow, nous pensons au sein de la Fondation Sounga que c’est une fois que les besoins primaires de la femme sont contentés qu’elle est mieux à même de porter des revendications relatives à l’égalité, à ses idéaux que l’on peut ranger dans la catégorie des besoins supérieurs.

Pour atteindre ces besoins primaires, nous avons décidé de mettre sur pied un incubateur féminin pour qu’elles soient formées à l’entreprenariat afin d’avoir leur propre activité génératrice de revenus. Pour les femmes qui sont employées, nous avons créé le Label Genre qui vise à célébrer les entreprises qui recrutent et accordent le plus des postes de direction aux femmes. Dans le domaine politique et l’administration publique, nous multiplions des publications sur le nombre très marginal de femmes qu’on trouve dans des fonctions de direction et animons des rencontres de sensibilisation des parlementaires aux droits des femmes.

Nous souhaitons faire davantage mais ces projets nous occupent déjà de façon intensive toute l’année. Nous avons d’autres projets mais nos moyens ne nous permettent pas encore de les réaliser. Nous espérons pouvoir le faire avec l’appui de partenaires qui peuvent se manifester dès maintenant via l’espace contact de notre site internet www.fondationsounga.org.

Pour rappel, vous êtes diplômée de Sciences Po en politique et management du développement. Ajouté à votre engagement social, est-ce à dire que vous finirez par vous lancer en politique ?

Ma formation à Sciences Po m’a permis de formaliser mon engagement social. Il m’a donné les outils techniques pour en structurer le sens, pour déployer mes idées et pour conduire mes projets de façon efficace et efficiente. Un tel engagement, c’est énormément de travail. Y associer une autre activité quel qu’elle soit, n’est pas du tout à l’ordre du jour.

Participation conférence OIF et IFDD à NYC sur l’autonomisation des femmes et des filles - Juillet 2017
Participation à la conférence OIF et IFDD à NYC sur l’autonomisation des femmes et des filles – Juillet 2017

En tant que femme, épouse, mère et entrepreneur social, comment arrivez-vous à concilier toutes ces responsabilités ?

Tout est dans l’organisation. Ces casquettes ne sont pas incompatibles. J’anticipe, je priorise et je planifie autant que je peux et, ça me réussit plutôt très bien. Mais ça m’impose aussi des sacrifices. Je dois régulièrement réduire mes moments de repos pour respecter mon agenda. Heureusement que mes engagements en faveur des enfants et des femmes sont des passions que je ne perçois pas comme un fardeau.

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Quels sont les défis qui vous tiennent à cœur ?

De nombreux défis me tiennent à cœur mais il en existe deux qui sont majeurs.

  • Le premier concerne le respect des droits des femmes congolaises. Je ne rêve pas qu’on nous crée de nouveaux droits. Je veux juste que nos droits soient respectés.
  • Le second défi, c’est faire grandir la Fondation Sounga pour que plus de femmes congolaises voire africaines bénéficient des idées innovantes que nous avons réussies à mettre sur pied en moins de trois ans d’existence.

Selon vous, sur quel levier faut-il agir pour faire de l’égalité du genre et de l’autonomisation des femmes une réalité en Afrique ?

Le principal levier pour assurer l’égalité du genre en Afrique, c’est l’accès d’un plus grand nombre de femmes aux postes de responsabilités. Cette affirmation n’est pas une idée qui a spontanément germé dans mon esprit. C’est l’une des conclusions majeures du travail que j’ai réalisé durant ma formation à Sciences Po. Il se trouve que l’accès des femmes aux postes de responsabilités est susceptible de favoriser la parité.

En effet, avec un plus grand nombre de femmes dans ces fonctions, des jeunes filles auront une source d’inspiration pour suivre le même parcours, les garçons et les hommes auront une preuve de la compétence des femmes et pourront ainsi avoir une considération plus grande pour ces dernières. Car, les discriminations à l’endroit des femmes naissent dans l’esprit des hommes et c’est dans l’esprit des hommes qu’il faut les combattre. Un nombre accru de femmes dans des postes de responsabilité contribuera à construire l’idée selon laquelle l’homme et la femme sont égaux. Un tel phénomène aura progressivement une incidence positive sur la parité  de genre dans la société.

Propos recueillis par : Mahude DOSSAH & Michaël TCHOKPODO

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Michael TCHOKPODO

Redacteur du magazine InAfrik

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