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Entretien avec Khaled Igué, Young Global Leader Africain 2018, éminente figure de proue de l’afro-optimisme et de la Nouvelle Afrique

Né à Porto-Novo, capitale politique du Bénin il y a 34 ans, Khaled Igué a effectué son cursus académique en France où il a obtenu deux Master : le premier en Politiques publiques, potentiel Afrique à Sciences Po et le second en Economie et management à l’Université de Paris I Panthéon Sorbonne. Afro-optimiste reconnu pour ses prises de position en faveur de l’Afrique, il a une carrière très enviable pour avoir travaillé chez Areva, Eurogroup Consulting et est présentement le Directeur des Partenariats Publics et Institutionnels pour l’Afrique à l’Office chérifien des Phosphates. Fondateur du think tank Club 2030 Afrique, Khaled Igué rêvait depuis son plus jeune âge d’ « une Union Africaine où les peuples sont parties prenantes, un projet commun validé par les parlements des pays. »

 

Magazine InAfrik : A partir de quel moment de la vie, avez-vous  pris conscience de votre panafricanisme et de votre afro-optimisme ?

Khaled IGUE : Depuis l’enfance, j’ai eu la chance de grandir dans un environnement où plusieurs nationalités africaines cohabitaient (Bénin, Nigéria, Ghana, Togo, Niger, Burkina-Faso).

Vous faites partie des  10 « Young Global Leaders » africains du World Economic Forum 2018 et des 100 sélectionnés à travers le monde, la suprême reconnaissance internationale ?

Avec beaucoup d’humilité, je vois cela comme un encouragement, pas une finalité. Ceci est la preuve que je dois continuer à porter ce plaidoyer qui est celui de l’optimisme car le continent africain a toutes les raisons d’être optimiste.

Qu’est-ce que c’est que  le Club 2030 Afrique, dont vous êtes le président ?

Club 2030 Afrique est une institution à but non lucratif qui s’est assigné pour mission principale de mettre ses compétences, son savoir et son énergie au service des organes de gouvernance africains afin de les accompagner dans le processus d’émergence qui mènera à un développement économique et social harmonieux à l’horizon 2030.

A travers son activité, ce think tank a pour ambition de devenir la première plateforme de réflexion en Afrique en œuvrant en faveur du partage des idées et des échanges entre la société civile, les entrepreneurs et les décideurs politiques locaux, nationaux et panafricains.

S’appuyant sur un réseau d’experts reconnus, de leaders d’opinion de la société civile, de décideurs politiques, de hauts fonctionnaires et de dirigeants de grandes entreprises, Club 2030 Afrique organise des temps de rencontre et d’échange, diffuse des publications, veille, centralise et partage l’information pertinente, enfin s’associe à des partenaires pour conduire des actions de terrain.

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Qu’est-ce que ce think tank apporte de nouveau aux nombreuses réflexions sur l’émergence et le développement de l’Afrique ?

Le Club 2030 Afrique part d’une conviction, qu’on pourra trouver des solutions africaines aux défis du continent. Nous pensons que les clés sont sur le continent et nulle part ailleurs. Nos travaux de recherche et notre état d’esprit, de méthodologie est fondé sur ce principe.

Quels sont les défis cruciaux à relever pour le développement de l’Afrique aujourd’hui ?

La première phase des défis à relever sont les politiques d’éducation, de santé, d’énergie, d’agriculture et du numérique, car la nouvelle génération ne concevra pas les politiques publiques sans le numérique. Sans ces bases, point de développement. Plus de la moitié des terres arables non cultivées au monde se trouvent en Afrique, et en même temps, notre agriculture est restée une agriculture familiale de subsistance. Par conséquent, le champ des possibles est illimité, notre continent devra très vite être capable de se nourrir.

Les rencontres Africa

Sur la question de l’énergie dont vous êtes un expert, que doivent faire les décideurs africains ?

Nous avions un peu péché par le passé car nous aurions dû investir massivement dans l’énergie solaire. Nous avons du Nord au Sud, près de 300 jours d’ensoleillement par an. Malheureusement, nous ne l’avons jamais fait, les innovations viennent pour la plupart du temps de l’occident et nous sommes pour l’instant en grande partie consommateur de technologie. Nous ne pourrons prendre notre destin en main si à un moment, nous ne devenons pas des acteurs de notre propre avenir, donc des innovateurs. Pour cela, nous devrons produire des technologies, et pour une fois être un réel acteur de la 4ème révolution industrielle qui elle, est transversale à tous les secteurs.

Sur le rôle que doit jouer la diaspora pour le développement du continent, quelle est l’actualité de votre projet de mise en place d’un fonds solidaire ?

Le think tank Club 2030 Afrique, toujours dans son approche de solutions africaines, porte aussi la conviction que les diasporas africaines représentent une partie de la solution. Elles ont pour la plupart accès à la technologie, à l’expertise et au financement, qui mieux pour faire le pont ? La question de la solidarité fait partie de notre ADN, donc cela ne choque personne puisque les diasporas envoient déjà près de 65milliards de dollars par an à leur famille. Ce que nous demandons aujourd’hui, c’est de renforcer cette solidarité et la transformer en poche d’emplois dans les nouvelles économies. Il s’agit de créer un fonds de solidarité par pays africain et que les diasporas se sentent beaucoup plus concernées par l’avenir de leur pays, car on n’a pas de PAYS B, il n’y a qu’un seul pays.

Khaled Igué | Forum des Diasporas Africaines
Khaled Igué | Forum des Diasporas Africaines

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Quelles sont vos relations avec les hommes politiques en Afrique ? Vous écoutent-ils ?

Les hommes politiques sont des acteurs engagés confrontés à de réelles difficultés sur le terrain et je salue leur engagement. Vous ne pouvez pas imaginer l’immensité de la tâche. C’est pour cette raison qu’il faudra encore plus d’écoles de pensées, de think tank pour faire de la prospective et accompagner ces décideurs. Les temps ont changé, les défis sont globaux (changement climatique, terrorisme, sécurité alimentaire). Par conséquent, les décideurs politiques sont très sensibles à nos recommandations, car le monde avance vite et n’attend personne.

Quels sont les quatre (4) leviers majeurs sur lesquels agir pour faire décoller économiquement l’Afrique subsaharienne ?

Tout d’abord, plus que jamais, il faudra des hommes et des femmes d’Etat dévoués à l’action publique et travaillant pour l’intérêt des peuples. Ensuite, il faudra mobiliser les entreprises locales pour créer un écosystème générant des emplois. Nous avons un retard inestimable par rapport à notre démographie. En plus, il faudra aussi lever du capital dans nos pays et enfin, il faudra une vision ou des visions de l’avenir.

La jeunesse dans l’histoire de toute l’humanité a toujours été l’atout majeur du progrès social et de l’innovation. Et en ce sens, nous jeunesse africaine, nous ne pourrons échapper à notre responsabilité. Plus encore, notre jeunesse est exceptionnelle car c’est la seule qui est aussi importante de par le monde, 700 millions à nos jours et 1,2 milliard en 2050. Vous vous imaginez bien que « Sky is the limit. »

Je veux dire à toute la jeunesse africaine du Cap à Casablanca que nous ferons l’Afrique de demain, nous sommes investis de cette mission et nous y croyons.

 

Propos recueillis par : Mahude DOSSAH / Michaël TCHOKPODO

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Michael TCHOKPODO

Redacteur du magazine InAfrik

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