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Jean-François CURTIS : « il n’y a pas une politique africaine de lutte contre le terrorisme »

Stratégiste et analyste senior en Stratégie, Jean-François CURTIS est également Expert en Sécurité et reconstruction post-conflit et cadre du Bureau National d’Etudes Techniques et de Développement depuis 2001. Cet Ivoirien au parcours élogieux a consacré 18 années à ces questions et a acquis une solide expérience  en Désarmement, Démobilisation et Réintégration (DDR), en Réforme du Secteur de la Sécurité (RSS) et en analyses stratégiques. Notre rédaction l’a rencontré pour nous parler des enjeux de la sécurité et du terrorisme en Afrique.

Un bref aperçu du parcours professionnel de Jean-François CURTIS dévoile qu’il est depuis 2013, Expert auprès de l’Université de Leicester en Angleterre au sein du Panel d’Experts Internationaux pour la Sécurité (SCID). Cette même année, il a contribué à l’élaboration du Plan Stratégique Régional de Développement Durable (PSRDD) de la région de la Nawa (Côte d’Ivoire). Et c’est en qualité de Conseiller Technique du Premier Ministre, qu’il a contribué à mettre en place et animé plusieurs mécanismes de sortie de crise, dont le Groupe de Travail sur la Réforme du Secteur de la Sécurité (GTRSS) puis, il a participé à l’élaboration de la Stratégie de Sécurité Nationale.

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En 2015, il a rejoint le Conseil d’Administration de l’Association pour la Coopération et la Recherche en Développement (ACORD), une ONG panafricaine. Un an plus tard, Jean-François CURTIS est nommé Conseiller Technique du Ministre auprès du Président de la République, chargé de la Défense, où il est chargé de la Gouvernance, de l’Intelligence et de la Veille Stratégiques. Depuis 2017, il est le Conseiller Technique du Ministre des Eaux et Forêts, chargé de la Veille et de la Gouvernance du secteur.

Magazine InAfrik : La lutte contre l’extrémisme et le terrorisme détermine, en règle générale, la complexité pour les Etats et leurs instruments de sécurité de régler efficacement ces questions. Existe-t-il une approche purement africaine, d’un point de vue politique et militaire, de faire face à cette menace incertaine ?

Jean-François CURTIS : Il n’existe malheureusement pas une approche africaine mais davantage une approche concertée, internationale visant en premier lieu à envisager la lutte antiterroriste dans sa dimension expansionniste, c’est-à-dire des alliances naissent pour concentrer les efforts et ainsi empêcher une expansion de la terreur. C’est ainsi que vous avez des initiatives type G5 Sahel, l’académie internationale de lutte contre le terrorisme en Côte d’Ivoire, le collège de défense du G5, etc.

D’ailleurs, l’essentiel de la mutualisation des moyens des Etats engagés dans cette lutte se résume à un partage d’expériences et un renforcement des capacités tant en formation qu’en matériels. Il n’y a pas une politique africaine de lutte contre le terrorisme tel que je l’avais suggéré dans plusieurs de mes articles sur mon blog depuis plus de 4 ans. Une telle approche aurait considéré le terrorisme dans sa dimension africaine en permettant une mobilisation de financements africains et une mutualisation des moyens, pour mieux opérationnaliser des initiatives de lutte sur le continent.

 

La CEN-SAD souhaitait, il y a un moment, par le biais de l’Égypte mettre en place un centre africain de lutte contre le terrorisme mais cette ambition a été devancée par Paris qui a créé l’académie en Côte d’Ivoire. Le projet égyptien serait toujours réalisable mais je crains une redondance des mécanismes et initiatives qui se multiplieraient pour un même objectif donc occasionnant une déperdition des moyens financiers et autres.

Comment s’organisent les différents mouvements terroristes pour prospérer et étendre territorialement et culturellement leur surface d’action ?

Les groupes terroristes ont bien évolué depuis quelques années, leurs modes opératoires sont sophistiqués et bien souvent dignes des meilleures stratégies militaires ou de guérillas.

L’expansion militaire et idéologique reste le mode d’action privilégié pour conquérir des esprits et des territoires.

Les réseaux sociaux contribuent à l’expansion idéologique et au recrutement massif à travers des échanges d’idées souvent en manipulant la réalité ou en jouant sur les extrêmes, les peurs des plus fragiles et les faiblesses des Etats notamment d’un point de vue social.

 

Lire aussi :Concrétiser les CDN en Afrique : « Penser en termes d’opportunités de développement et non d’obstacles ou de défis »

Les inégalités, les idées reçues sont utilisées, transformées pour rendre le terrorisme attractif. D’un point de vue financier, des réseaux naissent ici et là, souvent basés sur des trafics de tout genre (humains, stupéfiants, armes, etc.). Ces réseaux financent le terrorisme pour mieux étendre leur sphère d’influence et faire fructifier leurs activités illégales. Les attentats sont une autre forme de mode opératoire qui vise à passer un message tant de supériorité dans l’action mais aussi de vulnérabilité des pays ciblés.

Quelles sont les capacités stratégiques et de renseignement des organisations sous régionales et de l’Union Africaine pour lutter contre le terrorisme ?

À ce jour, difficile à évaluer car ces organisations sont constituées de pays-membres aux capacités disparates. L’Egypte, le Tchad et le Kenya disposent de moyens supérieurs à ceux de pays tels que le Niger, la Tanzanie ou la Mauritanie, pour ne citer que ceux-là. Les capacités tant stratégiques, qu’opérationnelles, varient d’un Etat à l’autre. Certains pays s’organisent mieux que d’autres sur le sujet car plus ciblés par des attaques terroristes.

D’un point de vue du renseignement, l’approche bilatérale est préférée à l’approche multilatérale car les pays-membres ne cultivent pas le partage de renseignement stratégique. Du moins, lorsque le renseignement est partagé, c’est souvent consécutivement à des attentats déjà perpétrés. La collaboration naît malheureusement qu’à l’issue de l’adversité et de la confrontation au feu. L’anticipation spontanée, le partage de renseignement préventif sont loin d’être réels.

 

En outre, n’oubliez pas que les groupes terroristes s’organisent de plus en plus sur des modèles modernes de commandement et d’opérations. Ainsi, certains disposent de cellules de renseignement, de désinformation et de contre-information. Difficile alors, pour des organisations régionales qui peinent à s’unir efficacement contre la menace terroriste, d’y faire face. La mutualisation des moyens africains de renseignement et de veille stratégique n’est pas à l’ordre du jour des organisations régionales, ni de l’Union Africaine.

Lire aussi : Nigeria: le vice-président Osinbajo lance le programme de relèvement historique au nord-est financé par la Banque africaine de développement et doté de 258 millions de dollars

Je vous invite à consulter mon blog d’analyses stratégiques pour plus d’informations sur ces sujets de sécurité et de défense : www.strategeo-ci.com

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Régis HOUNKPE

Directeur exécutif du cabinet InterGlobe Conseils & Editorialiste du Magazine InAfrik

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