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Bénin : l’Atelier des griots, un ambitieux projet de régénération des espaces de vie

A travers l’art, l’architecture, l’urbanisme et le design, l’Atelier des Griots raconte les belles et positives histoires des communautés qu’il assiste dans leur élan de développement, en régénérant des espaces de vie et en responsabilisant les jeunes.

 

Akpakpa Dodomey Enagnon est un quartier de ville à l’est de Cotonou, capitale économique du Bénin, où cohabitent ses habitants. Ils vivent dans des abris de fortune construits en matériaux précaires, et se mélangent entre eux. C’est le fou-rire, des échanges et des attroupements de part et d’autres au quotidien. Entre la mer qui renvoie un vent glacial sur la ville insalubre et le bord du bitume, se coince à quelques encablures, la Maison des Jeunes.

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C’est dans cet espace de vie que le projet communautaire et participatif « l’Atelier des griots » s’est installé depuis 2013, pour y avoir découvert du potentiel. Sur environ 400m², le lieu abandonné reprend son charme. A l’entrée, les motifs variés en bambou, la décoration avec des objets recyclés et la peinture bleue sur le mur de droite, attirent l’attention.

« L’Atelier des griots n’est pas là pour enseigner quoique ce soit à qui que ce soit, insiste Habib Mémé, Président et Cofondateur de l’Atelier des Griots. Au contraire, on apprend d’eux. On commence du bas, on se mélange à eux et on leur passe aussi un message. Ce que nous faisons, c’est donner le pouvoir aux communautés à la base, à sa jeunesse. »

Régénérer Akpakpa-Dodomey Enagnon

Au cours de son séjour au Bénin en 2013, John Stephen Ellis, professeur d’architecture à l’Université de Wentworth Institute of Technology à Boston et Cofondateur de l’Atelier des Griots est fasciné par l’aspect que présente la construction des établissements informels à Akpakpa Dodomey Enagnon,  qui sont en fait l’œuvre d’incultes en architecture.

Ils utilisent des matériaux de nécessité comme des branches de palmiers. Mais les maisons sont bien ventilées. Il y a une organisation, de l’harmonie, de la beauté et de la dignité dans ce qu’ils font

fait-il remarquer.

Dans leurs recherches, Habib Mémé et John Stephen Ellis découvrent du potentiel à valoriser à Akpakpa Dodomey Enagnon. Ils décident d’accommoder les établissements informels aux espaces bâtis, en palliant la montée de l’exode rural et l’accroissement de la démographie dans les centres urbains. Mais également, favoriser l’accès à des maisons adéquates et rendre l’environnement salubre.

Pour cela, ils mobilisent et impliquent les autorités locales, les femmes et quelques dizaines de jeunes dans la reconstruction de la Maison des Jeunes.

C’est une initiative qui valorise la communauté et nous met aussi en avant parce que ça se passe dans une approche participative. De la conception jusqu’à la réalisation du projet, nous participons activement

témoigne le président de l’Association des Etudiants de Enagnon, Christophe Hounton Honougbo.

Structures écologiques

Mais l’Atelier des griots ne joue que les facilitateurs. Nous

leur faisons comprendre qu’ils sont le changement, qu’ils n’ont pas besoin d’attendre le gouvernement et qu’ils doivent apprendre à travailler ensemble. Ils ont désormais de l’espoir, des objectifs et on leur apprend le leadership, l’entrepreneuriat et même le design

souligne Habib Mémé. Les cofondateurs veulent optimiser l’espace de la Maison des Jeunes et les matériaux locaux pour construire des structures écologiques : librairie, salles d’étude et de conférence, jardin végétatif, recycler l’eau et profiter du soleil naturel.

En attendant de rassembler le budget de 50 millions de francs Cfa nécessaires pour la réalisation du projet permanent, l’Atelier des Griots développe des initiatives éphémères pour garder les jeunes concentrés. « Je suis venue travailler spécifiquement pour apporter un regard un peu différent sur toute la partie éphémère du projet », explique Dalva Rospape, étudiante en design d’objets à l’Ecole de Boulle Paris, en stage au Cabinet Architecture du Soleil et à l’Atelier des Griots.

Identité architecturale

L’Atelier des Griots reçoit également, et cela annuellement, des étudiants en master de l’Université de Wentworth Institute of Technology à Boston pour collaborer avec l’Atelier des Griots sur des projets communautaires qui peuvent ou pas influencer leurs projets de thèse. Cet échange culturel est facilité et renforcé grâce à l’appui de l’Ambassade des Etats-Unis au Bénin, à travers la personne de son Ambassadrice, Mme Lucy Tamlyn, qui participe et soutient activement l’action des Griots.

Le projet soutient les actions de salubrité qu’initient les jeunes de la localité, récompense les meilleurs élèves du quartier et organise des réjouissances en faveur des enfants, à l’occasion des fêtes de fin d’année. L’Atelier des Griots veut continuer à raconter les belles histoires d’autres localités dont Ganvié qui est la prochaine étude de cas, cela, sur une période d’une année et demi à chaque fois. L’objectif, c’est de former les communautés à prendre le relai et entretenir les espaces initialement aménagés pour que le pays se réapproprie son identité architecturale et surtout pour que les communautés soient totalement autonomes et indépendantes.

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Michael TCHOKPODO

Redacteur du magazine InAfrik

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