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Le jeune ministre béninois de l’Economie et des Finances Romuald WADAGNI, vu dans le miroir d’Emmanuel Macron

Parlant de l’actuel Chef d’Etat français, Nicolas Sarkozy a déclaré : « Emmanuel Macron c’est moi, en mieux ! » Pour qui connaît vraiment le parcours des deux jeunes premiers que sont Romuald Wadagni et Emmanuel Macron, il n’est pas impossible, dans un futur proche, d’entendre l’actuel président français s’approprier cette formule…soit pour dire : « Romuald Wadagni c’est moi, en mieux ! » ou, plutôt: « Romuald Wadagni c’est moi, en pire ! »   Et pour cause…

Deux jeunes loups mais pas la même faim/fin

L’un fut fringant, suffisant et tout jeune ministre de l’économie sous François Hollande. L’autre est fringant, suffisant et tout jeune ministre en charge de l’économie sous Patrice Talon. Romuald Wadagni et Emmanuel Macron sont de la même génération. L’un est né en 1976, l’autre en 1977, à six mois d’intervalle. Les deux quarantenaires ont en commun d’avoir chacun connu un parcours scolaire et académique des plus ordinaires et une carrière professionnelle qui sort de l’ordinaire. Emmanuel Macron, diplômé d’une grande école française (l’Ena), a fait l’essentiel de sa carrière et bâti sa richesse au sein de l’une des plus grandes banques d’affaires européenne, Rothschild; il a tapé dans l’œil de Jacques Attali, qui l’a présenté à François Hollande. Conseiller de Hollande au cours de la campagne pour la présidentielle de 2012, ensuite à l’Elysée, il devient ministre en 2014. Tout le monde connaît la suite de l’histoire du jeune prodige, notamment celle de son ascension politique fulgurante, qui fait de lui, depuis mai 2017, le plus jeune président de la cinquième république en France.

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 L’autre phénomène, le monde ne le connaît pas encore ; ou du moins, pas assez. Et pourtant… Cet autre phénomène a fait l’essentiel de sa carrière professionnelle dans les plus grands cercles de la finance mondiale. L’élite mondiale le connaît déjà très bien ; ceux qui ne le découvrent que depuis peu, ce sont ces ‘‘petits grincheux’’ qui, pour la plupart, partagent les ‘‘…images whatsapp qui critiquent le gouvernement(…)’’. La boucle est donc bouclée. Dirigeants, décideurs, modèles sociaux, divorcés sociaux, etc., tout le monde connaît désormais Romuald Wadagni sur les réseaux sociaux et bien au-delà.  Mais dans la réalité, qui est ce jeune qui a pris tant d’années pour (se) bâtir et qui, en quelques mots/Mo, est sur le point de tout détruire ?

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Qui est réellement Romuald Wadagni ?

Romuald Wadagni, ce type normal au parcours atypique

Sa profession a fait de lui un globe-trotter. Véritable citoyen du monde de part, Romuald Wadagni, détenteur notamment d’un passeport français et d’un passeport béninois, est originaire de Lokossa au Bénin. Il a connu une enfance et surtout une scolarité des plus normales. La tendance à la bougeotte lui est transmise de façon ‘‘héréditaire’’ par son père, cadre au ministre du Plan ce mathématicien chevronné que l’on présente aussi comme passionné de l’histoire des peuples. Row, comme on l’appelle dans le cercle familial, fait et défait ses bagages au rythme des différentes affectations de son père. Il a ainsi vécu dans diverses localités de son pays, comme Parakou, où son père officiait en qualité de Directeur départemental au ministère du Plan (Borgou). Mais c’est finalement à Cotonou, précisément au Collège Espoir, que le jeune Romuald obtient son baccalauréat, série C. Il s’envole ensuite pour la France et atterrit à Grenoble, pour poursuivre ses études d’expertise comptable. Rien de particulièrement exceptionnel dans son cursus. Il travaille. Dur. Il gravit des échelons, les uns après les autres. Et il se fait remarquer des chasseurs de têtes.

Il faut préciser ici que Deloitte est simplement  l‘un des  plus grands Cabinets d’Audits dans le monde. Pour que chacun se fasse sa propre idée :

Pour Macron, ce fut la Banque d’affaires Rothschild, de classe européenne ; Pour Wadagni, ce sera le Cabinet d’audits financiers Deloitte, leader mondial.

C’est au sein de cette firme, ogre mondial, que le jeune Wadagni trouve ses repères, fourbit ses armes, côtoie et impressionne les grandes figures de ce monde au fur et à mesure de ses rencontres.

La parenthèse américaine : Comme une araignée, Wadagni tisse sa toile

En moins de cinq années, Romuald Wadagni multiplie les grands coups et les bonnes opérations au sein de Deloitte-France. Les services du petit génie de l’Audit sont alors sollicités au pays de l’Oncle Sam, là où se côtoient les plus puissants noms de la finance mondiale. Il atterrit ainsi à Boston (toujours pour le compte de Deloitte) en 2003. Le jeune Romuald donne de lui l’image d’un jeune loup insatiable, toujours assoiffé de connaissance, l’arme la plus puissance pour tutoyer tous les sommets. Parallèlement à ses occupations professionnelles, Romuald Wadagni profite en effet de son séjour aux Etats-Unis pour parfaire sa maîtrise de la langue du business (l’anglais) et surtout, pour approfondir ses études en Expertise comptable. Il en sort diplômé de la prestigieuse Havard Business School de Boston. Quand il quitte la première puissance économique du monde (après avoir servi notamment à Boston et New York), Romuald Wadagni est spécialiste des normes comptables internationales. Une expertise qu’il continuera de mettre au service de Deloitte à travers le monde, contribuant à la structuration des activités de la boîte. Ceci jusqu’en 2012, tournant majeur dans la carrière.

Jackpot : la conquête des Grands Lacs, son Eldorado

Les moteurs de recherche ne renseignent que de façon laconique sur le parcours de cette étoile filante. Il faut fouiller, quêter les indiscrétions et même trahir les confidences pour rappeler le rôle majeur que ce ‘‘gamin’’ a joué dans l’expansion, notamment en Afrique, de cette firme qui est considérée comme la plus puissante au monde dans son domaine d’expertise. C’est Romuald Wadagni, devenu depuis  Associé de Deloitte France, qui a réussi à convaincre la multinationale de s’installer en RDC (République démocratique du Congo), dans la région des Grands Lacs. Il crée ainsi les succursales Deloitte à Kinshasa et Lubumbashi, qu’il dirige. En 2015, il supervise l’ensemble du réseau Deloitte en Afrique Francophone, en sa qualité de Responsable Audit, chargé notamment de s’assurer que les standards internationaux sont appliqués selon les règles de l’art. Puis, arrive l’année 2016… Romuald Wadagni était alors Directeur Afrique Francophone de Deloitte. Il supervisait les activités de tous les bureaux de Deloitte en Afrique Francophone. A ce rang, il était le seul Associé Noir de Deloitte-France.

Les rencontres Africa

Et l’histoire se poursuit, autrement… En avril 2016, Patrice Talon, élu Président de la République, prête serment et forme son premier gouvernement au sein duquel apparaît le nom d’un jeune homme au poste de ministre des Finances : Romuald Wadagni ! Ainsi commence l’histoire entre le jeune fringant ministre et le pays qui l’a vu naître ? Pas vraiment…

Romuald WADAGNI et le Bénin : une complicité qui ne date pas d’hier

L’histoire témoigne que Romuald Wadagni n’a pas attendu d’être nommé par le gouvernement avant de commencer à travailler pour son pays. Quand il commence son ascension au sein de Deloitte à l’orée des années 2000, le régime en place au Bénin est alors dirigé, on le sait, par le général Mathieu Kerekou. Le ministre en charge du Plan, on le sait aussi, est un certain Bruno Amoussou, qu’on ne présente plus. Ce que plusieurs ne savent pas, et ne sauront peut-être jamais exactement, c’est le rôle joué par Bruno Amoussou et Romuald Wadagni dans la carrière l’un de l’autre. Disons simplement qu’à se moment, Bruno Amoussou est déjà un puissant ministre d’Etat ; précisons que les nombreux Audits alors réalisé pour le compte de l’Etat au Bénin se feront par Deloitte. Ceci explique-t-il cela ? De même, est-il nécessaire de dire ici si le ministre d’Etat Bruno Amoussou, possédant de forts liens dans de nombreuses chancelleries africaines à l’époque, a été d’un quelconque apport dans la conquête du continent par le cabinet de son filleul, notamment dans les pays d’Afrique francophone où le socialiste Bruno Amoussou avait de fortes attaches ? Omerta. Tout au plus, on peut rappeler, pour confirmer les liens étroits, que Romuald Wadagni était l’un des principaux acteurs de la cérémonie de lancement du dernier livre de Bruno Amoussou, ‘‘La Banque, la politique et moi’’, en janvier 2012 à Paris. Ceux qui ont participé à cette cérémonie gardent encore en mémoire l’image d’un Romuald Wadagni au service de Bruno Amoussou, dévoué comme seul peut l’être un fils pour son père. On peut ajouter qu’aujourd’hui encore, l’histoire ne dément pas la forte complicité entre ces deux personnalités qui, bien qu’appartenant à deux générations différentes, ont fait  du chemin ensemble ; et continuent de faire du beau chemin ensemble, notamment au sein de la Galaxie Patrice Talon. Justement, Patrice Talon !

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Romuald Wadagni-Patrice Talon : toute une histoire…

Pour qui connaît véritablement l’histoire, leur histoire, difficile, carrément impossible, de parler de Romuald Wadagni sans parler de Patrice Talon, et vice-versa. Ceux qui sont dans le secrets des ‘‘deux’’ vous diront : « Derrière un homme puissant, se cache un expert-comptable dévoué. » Rapportés au tandem Talon/Wadagni, ces propos veulent tout dire. Parce que Patrice Talon et Romuald Wadagni, c’est toute une histoire. Une longue histoire. L’histoire d’une complicité qui s’écrit depuis longtemps, et dont les pages les plus  significatives, sans doute, s’écrivent là, aujourd’hui, sous le regard discret des initiés des coulisses de la gestion du pouvoir d’Etat depuis avril 2016…  Depuis 2016, Romuald Wadagni est de tous les voyages du président Talon.

Talon/Wadagni, c’est donc l’histoire singulière d’un tandem singulier, qui n’a livré à ce jour aucun de ses plus croustillants détails. Une histoire encore plus palpitante de part sa genèse. Une histoire que d’autres férues de l’investigation voudront peut-être livrer un jour à la postérité.  Mais ça, c’est une autre histoire. Revenons à l’essentiel. L’actualité du moment…

La mauvaise blague…et le conte de fée vire au château de carte…

Tout était pourtant bien parti. Le beau scénario se déroulait, comme train sur les rails. Et puis il y a eu ce 28 août. Il y a a eu ce dérapage. Cette phrase, lâchée comme une blague de mauvais goût et qui produit l’effet d’une bombe à défragmentation :

Vous faites des transferts d’images WhatsApp qui critiquent le gouvernement et qui critiquent vos amis, libre à vous de le faire ; mais vous payez le prix, qui est légèrement plus fort …

Ironie du sort, pour une fois que le ministre de l’économie n’a pas fait économie de vérité, le monde s’écroule, en et autour de lui. Sur la toile, ce qui choque, ce qui révolte et pousse à l’indignation, ce n’est pas tant cette ambition gouvernementale de rendre l’accès aux réseaux sociaux plus cher ; ce qui horripile, c’est le fait que ce soit précisément lui, le ‘‘Jeune’’ Romuald, qui crève l’écran en crevant peut-être maladroitement l’abcès. Oui, ce qui exècre au plus haut point, c’est la manière… Les jeunes ne comprennent pas. Ils se sentent trahis par l’un des leurs, le modèle par excellence, celui auquel ils s’identifiaient le mieux et avec beaucoup de fierté.

Tout le monde, pas lui, pas Romuald…

Voilà ce que l’indignation du moment traduit. Du coup, tel un fétiche qui perd d’un coup son côté sacré, Romuald Wadagni a d’un coup cessé d’être le sujet tabou ; il a cessé d’être pour les jeunes ce jeune qu’il ne faut pas critiquer, ce jeune dont il ne faut pas étaler  les défauts sur la place publique. En une phrase, il a brisé la loi de l’omerta autour de sa personne. Depuis, les langues se délient. On se croirait à l’époque d’Emmanuel Macron, alors ministre de l’économie de François Hollande. Il était caricaturé en ministre bébé au lait (hollandais). Ayant fait à Rothschild une fortune qui le met à l’abri du besoin pour le restant de ses jours, Emmanuel Macron était présenté comme un être arrogant, prétentieux, condescendant. Même le premier ministre Manuel Valls n’a pas échappé aux outrecuidances de ce jeune premier qui faisait baver plus d’un. On connaît le fin mot de l’histoire.

Romuald Wadagni Ministre de l'économie et des finances du Bénin
Romuald Wadagni Ministre de l’économie et des finances du Bénin

Les mauvaises langues estiment que Macron a trahi son patron Hollande pour aller à la quête de sa gloire personnelle. Avec un certain succès, puisqu’il est devenu président de la république. Et c’est sans doute là que les chemins de Macron et Wadagni se séparent… Parce que si l’un a, semble-t-il, trahi son maître pour quêter et conquérir les faveurs de l’opinion publique, précisément sa tranche jeune, dans le cas de Romuald Wadagni, c’est l’opinion publique, précisément sa tranche jeune, qui se sent profondément flouée…

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Maintenant qu’il a choisi sa propre tangente pour suivre son propre chemin, une seule question subsiste : Wadagni fera-t-il mieux ou pire que Macron ?

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