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Le Nobel de la paix Denis Mukwege, l’homme qui aimait les femmes

Sa lutte pour sauver les femmes victimes de viol vient de remporter, conjointement avec la yézidie Nadia Murad, le prix Nobel de la paix. Pourtant, cela fait plusieurs années que Denis Mukwege combat les vices de la guerre en République Démocratique du Congo.

 

Il y a quelques heures, le docteur Denis Mukwege, originaire de la RDC, a été désigné prix Nobel de la paix 2018. Celui qui « répare » depuis le début des années 2000, les femmes victimes de viols et d’excision dans son pays, obtient enfin la reconnaissance mondiale pour un sacerdoce qui aurait pu lui coûter la vie. Cela n’a jamais empêché le gynécologue de se battre pour sa cause. Une telle foi n’est pas étonnante quand on sait que Denis Mukwege est également pasteur.

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Enfant du pays

La foi a été présente dès les premières heures de la vie du nouveau prix Nobel de la paix. En effet, Denis Mukwege, né le 1er mars 1955 à Bukavu, au Kivu, est le fils d’un pasteur pentecôtiste. Il fait ses études primaires à l’athénée royal de Bukavu, avant de rejoindre les cours secondaires de l’institut Bwindi. En 1976, il rejoint la faculté de médecine du Burundi. Diplômé en 1983, il débute à l’hôpital de Lemera, situé au sud de Bukavu. Il semble se diriger vers la carrière ordinaire de tout médecin généraliste en RDC lorsqu’en 1984, il obtient une bourse de la mission pentecôte suisse pour faire une spécialisation en gynécologie.

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Il rejoint alors l’université d’Angers en France. Pourtant, Denis Mukwege n’oublie pas sa terre natale. En France, il participe à la fondation de l’association Esther Solidarité France-Kivu pour aider sa région d’origine. En 2015, il est diplômé docteur en sciences médicales à l’université libre de Bruxelles après avoir soutenu sa thèse intitulée « Étiologie, classification et traitement des fistules traumatiques uro-génitales et génito-digestives basses dans l’est de la RDC. » Ce sujet, il le maîtrise, malheureusement, pour des raisons macabres. Depuis 1999, Denis Mukwege est retourné en RDC pour soigner les femmes violées et les victimes d’excision.

En 1989, alors qu’il aurait pu rester en France et bénéficier d’une très bonne rémunération, il choisit de retourner chez lui, dans l’hôpital de Lemera.

J’étais le médecin directeur de l’hôpital. A l’époque ma principale préoccupation était la mortalité maternelle. Lorsque la Première guerre du Congo a éclaté en 1996, l’hôpital a été détruit, des patientes ont été tuées dans leur lit, du personnel soignant assassiné… J’ai dû quitter Lemera pour Bukavu, la capitale du Sud-Kivu, où j’ai créé en 1999 l’Hôpital de Panzi, avec l’idée de me consacrer à la lutte contre la mortalité maternelle

explique Denis Mukwege.

20 ans de sacerdoce

Mais ses plans connaîtront quelques changements. Dans son tout nouvel hôpital de Panzi, le médecin va recevoir en 1999, une patiente qui sera le déclencheur de son combat.

Elle m’a raconté qu’elle avait été violée par six soldats et que l’un d’eux avait ensuite tiré dans son vagin. J’ai soigné cette femme en me disant qu’elle avait certainement croisé le chemin d’un fou

, se rappelle le gynécologue. Puis des cas similaires suivront, par dizaines.

Je me suis retrouvé confronté à une situation qu’aucun médecin n’avait encore affronté, et pour laquelle les manuels n’étaient d’aucun secours

 

Après avoir alerté en vain les ONG et autres organisations, le médecin décide de s’occuper lui-même du problème. Il dédie alors les services de son hôpital au soin des femmes violées et des victimes d’excisions. Pendant des années, il pratique dix à douze opérations par jour, en plus de former du personnel médical qu’il envoie directement auprès des femmes. Révolté par la situation, il devient un opposant au régime en place, ce qui a bien failli lui coûter la vie à plusieurs reprises. « J’en suis au sixième attentat par balles. Je crois bien que j’ai une protection… surnaturelle », déclare au Monde celui qui également est devenu pasteur il y a quelques années.

Sans peur et sans reproches, le médecin continue sa mission. En quinze ans, plus de 40.000 femmes, victimes de violences ont été prises en charge par l’hôpital de Panzi. Plus que le suivi médical, il fournit également un suivi psychologique et aide à la réinsertion sociale des victimes. Denis Mukwege propose également un accompagnement judiciaire à ses patientes.

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Nous leur proposons gracieusement des conseils juridiques : six avocats sont à leur disposition et les frais de justice sont à notre charge. Mais malgré cela, sur les 3 000 femmes que nous recevons par an, environ 300 finissent par aller en justice

se désole le prix Nobel de la paix.

Aujourd’hui, celui qui ajoute un prix Nobel à de nombreuses distinctions, collectées au fil des années, veut combattre l’impunité observée dans les cas de viols. Pour cela, il propose de prélever l’ADN des violeurs directement sur les victimes avant de les soigner.

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