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Les 4 alter egos de la prodigieuse Sénégalaise Ndéye Marie Aida NDIEGUENE

A 22 ans, elle est auteure de deux romans à succès, présidente de l’Association RAI-Rêver, Agir, Impacter qui sensibilise les jeunes sur les thématiques du cancer du sein et du harcèlement sexuel à l’école. CEO d’Ecobuilders Made in Sénégal (EMS), une entreprise spécialisée dans la construction de hangars de stockage de récolte, elle est encore étudiante en génie civil. Elle, c’est l’impressionnante Sénégalaise Ndéye Marie Aida NDIEGUENE, combative, déterminée, aimant les risques et ayant la tête sur les épaules grâce à un père, journaliste et une mère, professeur de français, qui sont pour elle, le ferment d’une éducation complète. Pour son âge pourtant jeune, elle a un parcours exceptionnel qui force l’admiration. Découverte !

Magazine InAfrik : vous êtes très active sur les réseaux sociaux. Que cherchez-vous et que trouvez-vous sur les réseaux sociaux ?

Ndéye Marie Aida NDIEGUENE : j’aime partager ! Et nous sommes dans un monde d’interactivité, où toutes les frontières sont tombées grâce à la force du numérique. Je suis moi-même certaines personnes sur les réseaux sociaux car elles m’inspirent, me poussent à la réflexion. Si ces personnes avaient choisi de ne pas partager, auraient-elles impacter dans ma vie et par ricochet dans celles de beaucoup d’autres ?

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Je pars du principe que mon action, mon combat, mon échec, peu importe, peut inspirer d’autres à faire de même ! Si je souhaite changer le monde réellement, je ne pourrai jamais le changer seule. Il me faut partager ma vision pour que d’autres m’y aident. Et à travers ces réseaux, je cherche encore à impacter. Et quand je reçois des messages, des témoignages de leaders des quatre coins du monde, je me sens d’autant plus fière. Le mot d’ordre est de partager ! Et les réseaux sociaux sont un excellent outil pour cela.

A 22 ans, vous êtes déjà auteure de DEUX ŒUVRES littéraires et de distinction? D’où vous vient cette passion pour la littérature ?

Oui, j’ai déjà à mon actif deux romans : « Un lion en Cage », Juin 2016, Harmattan Sénégal et ‘’Gemini’’, Septembre 2017, Harmattan Sénégal. J’ai entre autres reçu pour mon premier roman ‘‘le Grand prix de la première dame du Sénégal pour la promotion de la littérature Féminine’’. J’ai également reçu d’autres prix littéraires comme le prix « la Parole aux étudiants » décerné par le cercle des économistes français, le prix « Certamen de literario » décerné par l’Ambassade d’Espagne au Sénégal.

Ndéye Marie Aida NDIEGUENE Prix de littérature
Ndéye Marie Aida NDIEGUENE Prix de littérature

Dans ma famille, on feuillette des livres avant de savoir lire. Il y a des livres partout à la maison. Ma mère et mon père sont des passionnés des lettres. J’ai toujours aimé lire, je trouve, les livres, extraordinaires ! Ils me permettent de faire un ‘’break’’, de me sentir dans mon monde. Ecrire m’est venu tout naturellement.

Quel est votre genre littéraire et que racontez-vous dans vos œuvres ?

Mes œuvres sont des romans. Pour le premier roman ‘’Un lion en cage’’, je parle de la conception que l’on se fait du bonheur, de l’idéal, de la dualité à travers l’histoire du jeune Adama. Il va quitter son village natal, la tête remplie de rêves de fortune et va être petit à petit confronté à la réalité du monde. Il va atteindre son objectif ! Devenir riche, adulé et entouré mais se rendra vite compte que la conception qu’il se faisait du bonheur n’était pas la bonne et que le bonheur au final se trouve dans la pleine conscience de l’instant présent. Tout cela sous fond d’immigration clandestine, de travail illégal, de trafic de drogues, de gangs, de mafias, bref un cocktail explosif.

Pour mon second roman ‘’Gemini’’, c’est le chemin inverse, Ibrahima est un jeune homme que tout prédestine à la réussite et qui du jour au lendemain va se retrouver projeter, grâce ou à cause d’un événement bouleversant, dans la dure réalité du monde. Il va découvrir petit à petit le monde de la rue, vivre comme un paria, tel un sans-abri, et va se créer une famille qu’au final, il avait perdu depuis bien longtemps. Est-il vrai que l’on écrit finalement qu’un seul livre dans sa vie ? Je le pense aussi. Car entre « Un lion en cage » et « Gemini », les deux personnages principaux sont intrinsèquement liés par cette « problématique » qui me torture l’esprit, celle de la dualité. Les deux faces de la médaille, le riche et le pauvre, le bonheur et le malheur…

Vous êtes également Présidente de l’Association « Rêver Agir Impacter (RAI) », quels sont les objectifs et les activités notoires de cette association ?

Nous avons démarré nos activités l’an dernier. Avec le RAI, nous avons mené l’an dernier des campagnes de sensibilisation sur les thématiques du Cancer du sein mais aussi du harcèlement scolaire notamment au lycée John F. Kennedy et au Cours Secondaire Sacré Cœur. Je salue d’ailleurs l’administration de ces deux établissements. Nous avons eu la chance d’échanger avec des élèves, d’impliquer des médecins qui sont venus échanger avec les élèves sur le thème du cancer du sein.

Nous avons eu de grandes émotions en recevant leurs messages et leurs inquiétudes. Comme je dis souvent, ce que l’on néglige parfois un peu trop, c’est notre dimension humaine. Il faut que l’on sensibilise à la base ! Et j’espère que cette année, la LISCA, ligue sénégalaise contre le cancer accompagnera notre action. Car qui mieux que les jeunes pour parler aux jeunes ? C’est notre crédo !

Vous revêtez également un autre costume, celui de CEO de “Ecobuilders Made in Senegal (ESM) ” une jeune entreprise innovante spécialisée dans la construction ; que fait exactement cette startup ?

C’est un costume que je me plais à porter. Etre founder et CEO de sa propre entreprise, et qui plus est constamment qualifiée d’innovante est un réel plaisir. EMS est une jeune entreprise innovante spécialisée dans la construction d’hangars de stockage de produits agricoles en matériaux recyclés. Des hangars économiques, écologiques et intelligents !

Ainsi, nous sommes en train de résoudre la problématique de la perte après récolte due au manque d’espaces de stockage dans les zones rurales.

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Notre objectif ? Permettre à tout agriculteur de disposer d’un espace de stockage optimum lui permettant de conserver sa récolte le plus longtemps possible ! Mais ce n’est pas tout ! Grâce à l’application de gestion de stock, nous mettons les agriculteurs en relation avec les potentiels clients (supermarchés, restaurants, commerces…)

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Si vous devriez pitcher Ecobuilders Made in Senegal à des investisseurs !

A quoi ça sert de produire énormément si nous n’avons pas de solution durable de stockage et de conservation ! Ces hangars sont la solution. Un coût de production moindre, une technologie innovante et prouvée, une capacité de stockage adaptée aux besoins des agriculteurs ! Ecologique, économique et intelligent. Joignez-vous à EMS car nous portons l’assurance de la démocratisation du stockage !

Avez-vous déjà des investisseurs ?

Non pas encore ! Que des gens qui se montrent plus au moins intéressés mais qui ne font rien concrètement. Je lance un appel solennel d’ailleurs aux investisseurs. J’ai un projet prometteur que je souhaiterais vulgariser au Sénégal et étendre au reste de l’Afrique et pourquoi pas au reste du monde. Ce  concept résout à la fois 2 problématiques : Une majeure,  qui est celle du manque d’espaces de stockage en zone rurale mais pas seulement ! Mais également celle de la gestion des déchets non biodégradables !

 

Ndéye Marie Aida NDIEGUENE entrain de pitcher sur EMS
Ndéye Marie Aida NDIEGUENE entrain de pitcher sur EMS

Chaque jour, des solutions tentent d’être trouvées, mais il ne suffit pas de collecter, de trier et de séparer les déchets mais il faut leur donner une nouvelle vie ! Et c’est là que se trouve l’avantage durable de ce projet. Tant que vous consommez, nous construisons ! C’est une filière d’avenir qui s’inscrit dans une logique de durabilité. Investissez dans l’avenir ! Investissez dans EMS !

De quoi Ecobuilders Made in Sénégal a besoin aujourd’hui ?

EMS a besoin de financements réels qui lui permettraient d’atteindre ses objectifs à court et moyen terme. Investissez 10 millions de FCFA et cette entreprise atteindra une autre dimension. Croyez-moi !

Avez-vous comme ambition de couvrir les autres pays de l’Afrique subsaharienne ?

Bien sûr ! J’ai eu la chance de beaucoup voyager cette année et j’ai vite compris que la problématique du stockage dépasse largement les frontières du Sénégal. D’ailleurs, lors de la 7ème Edition du Forum pour la révolution verte en Afrique (AGRF) à Abidjan, Mamadou Bitéye, directeur général de la Fondation Rockefeller Afrique, déclare :

ce que nous perdons chaque année dans le monde lors des récoltes pourrait nourrir 2,5 milliards de personnes

et  Chiji Chinedum Ojukwu (Directeur chargé de l’agriculture et l’agro-industrie à la Banque africaine de développement (BAD)) de renchérir :

l’insuffisance des installations de stockage post-récolte ainsi que des méthodes de traitement inefficaces entraînent la perte de 30 à 40 % de chaque récolte !

 

C’est vous dire qu’EMS est une entreprise inscrite définitivement dans une logique d’expansion africaine et mondiale. On ne parle plus de la problématique d’un pays, d’un continent, on parle d’une problématique mondiale.

Comment arrive-t-on à votre âge à gérer toutes ces responsabilités ?

On grandit plus vite que son âge certainement. On n’a pas les mêmes préoccupations que l’autre, on dort très peu et on travaille beaucoup. Mais à vrai dire, j’ai toujours été comme ça. Les responsivités ne me dérangent pas, le travail non plus. J’aime me lancer constamment des challenge, bousculer les codes surtout ceux qui nous imposent des barrières dues à notre âge. Je pense que l’on est dans un monde où l’âge n’est plus déterminant. Ce qui intéresse, c’est la pertinence et les idées. Je suis persuadée que ce n’est pas trop tôt.

Qu’à 22 ans, ce que j’ai accompli ne représente encore qu’un faible pourcentage de mes capacités réelles. Je veux aller encore plus loin, relever encore plus de défis. Je dois dire que je ne suis pas en compétition avec les autres et que mon réel défi demeure la gestion de ma propre personne. Et tant que j’y arrive ; je me sens bien. Tout est basé sur l’équilibre entre les 2 faces de la pièce. Il ne faut pas que l’une prenne le dessus sur l’autre.

Parlez-nous de votre actualité !

J’ai eu l’honneur de recevoir en Mars 2018, le prix Forum Jeunesse Sénégal des mains de l’ambassadeur de France au Sénégal. EMS a reçu le premier prix et a été choisi comme l’entreprise la plus innovante devant bon nombre de projets. Je suis très fière car c’est une forme de consécration. Prendre mon sac à dos et aller à Kaolack défendre mon entreprise a été une superbe expérience pour moi. En Juin 2018, j’ai été parmi les 4  leaders sénégalais sélectionnés pour prendre part au SUSI PROGRAM (Study in U.S institutes for Young leaders). Nous avons eu l’occasion de vivre une expérience extraordinaire aux Etats-Unis.

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Allant des cours en entreprenariat, business et gestion de projets à l’Université de Californie en passant par la découverte de San Francisco, Kansas City, Chico, Washington DC. C’était une expérience incroyable qui m’a permis d’acquérir de nouvelles compétences, de développer mon projet, de le confronter, de rencontrer énormément d’entrepreneurs inspirants, de travailler encore et encore, de pitcher mon projet, de découvrir la culture américaine. J’ai eu la chance de défendre ma vision lors d’un panel organisé par l’ONG « Creative » à Washington DC et de pouvoir enfin dire, investissez sur nous les jeunes chefs d’entreprises, nous avons les solutions, nous avons le savoir-faire et surtout, nous connaissons les vrais problématiques de notre continent !

Ndéye Marie Aida NDIEGUENE au USA
Ndéye Marie Aida NDIEGUENE au USA

Ce 5 Août, je me suis rendue à Accra au Ghana pour une compétition de pitch regroupant 3 générations du SUSI PROGRAM venant de 5 pays d’Afrique (Sénégal, Cameroun, Mali, Nigéria, Ghana) et organisée par l’Université de Californie et le US. Department. Parmi 18 entreprises innovantes, EMS est sortie première ! Encore une fois. Et aujourd’hui,  je suis encore plus fière de porter cette entreprise qui, je le sais, ira loin.

Quels sont les quatre leviers majeurs sur lesquels agir pour faire décoller économiquement le Sénégal et l’Afrique subsaharienne ?

Education, infrastructures, agriculture, développement durable. Sans ces 4 leviers, aucun pays ne peut être prospère !

Propos recueillis par : Espoir DOSSAH / Michaël TCHOKPODO

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Michael TCHOKPODO

Redacteur du magazine InAfrik

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