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Marguerite Abouet : « Nos Histoires sont aussi passionnantes que celle de “Dallas” »

Elle s’est donné pour mission de raconter l’Afrique autrement. Exilée en France alors qu’elle est encore enfant, Marguerite Abouet – de passage à l’AFD ce 20 septembre pour une séance d’échanges et de dédicaces – s’est vite mise à écrire, puis à mettre ses histoires en dessins avant de passer à la série télévisée. À chaque fois, elle déconstruit les clichés, dessille les yeux de son public et s’attache à donner à l’Afrique les moyens de se représenter elle-même.

 

Vous êtes arrivée en France en 1983, à l’âge de 12 ans. Vous souvenez-vous de vos premières impressions ? 

Abouet, AFD, FrisonMarguerite Abouet : J’ai été arrachée malgré moi à mon pays, à mon quartier. Mes copines me disaient : « Mais arrête de pleurer, tu vas rencontrer ton Rahan ! » Je descends de l’avion à Paris, et je ne vois pas de Rahan… Les gens étaient tous habillés, ils n’avaient pas de longs cheveux. Quelle déception ! Et puis, on nous racontait qu’il faisait tellement froid que l’eau gelait au contact de l’air. Nous étions un 30 août, et il ne faisait pas froid du tout (rires).

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Je voulais rencontrer des gens, mais je me suis vite demandé : « Où sont les Français ? » Ils étaient dans leurs maisons fermées ; pour moi qui avais l’habitude des portes grandes ouvertes, c’était un choc. C’était dur. Au fil des années, je me suis mise à écrire comme on entame une thérapie.

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Qu’avez-vous eu envie de raconter avec le personnage de bande dessinée Aya de Yopougon qui vous a fait connaître ?

J’avais beaucoup d’amis qui ne connaissaient pas l’Afrique, qui en avaient une idée complètement erronée et des préjugés. Ils se demandaient comment vivait la jeunesse africaine. J’ai voulu montrer que les jeunes Africains avaient les mêmes problématiques que les jeunes Français. L’idée était de partager quelque chose, surtout de sortir des clichés, arrêter cette croyance diffuse que nous mourrons tous de terribles maladies ou de la guerre, et que l’on n’a pas de vie quotidienne. Alors que nous avons aussi des parents qui ne veulent pas qu’on sorte, les filles ont des histoires avec les garçons, etc. C’était une obligation pour moi de changer ces idées reçues. L’Afrique que montraient les médias ici en France, je ne la connaissais pas, ce n’était pas mon quotidien.

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Pouvez-vous nous parler de C’est la vie, votre série télévisée produite au Sénégal ?

C’est un projet incroyable. J’étais sceptique au début car pour moi c’était encore un projet à visée pédagogique sur ces Africains qu’il faut toujours éduquer. En fait, le producteur, qui vit en Afrique depuis longtemps, m’a convaincue que sa démarche suivait une logique différente, d’information sur la santé par le divertissement.

Et puis, il m’a convaincue grâce aux chiffres : ils sont tellement énormes, sur la mortalité infantile, les excisions, les grossesses non désirées, etc., que j’ai dit oui. Je voulais travailler avec des Africains, pour les Africains, avoir des jeunes filles africaines à la réalisation, des acteurs et des actrices d’ici, et c’est ce qu’on fait avec cette série. Avec la complicité du créateur de la série Plus belle la vie, on a même développé des studios en plein air dans un quartier de Dakar, des décors tournants, c’est une première. On est dans la formation, le développement d’infrastructures et de talents africains, c’est ça aussi qui m’a attirée.

Le but, c’est de raconter une autre Afrique. Laquelle ?

Je voulais déjà qu’on s’approprie nos écrans. Nous avons été bercés avec des séries américaines. Quand vous regardez les visages de l’Afrique, vous voyez des jeunes filles qui ont tellement envie de ressembler à ces actrices occidentales qu’elles se décapent littéralement la peau, ou portent de grosses perruques. Or, nous avons nos histoires, aussi passionnantes que celles de Dallas ; à nous de les mettre en scène et de les proposer au public.

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S’approprier la chaîne de la production et les compétences de ces métiers liés à l’audiovisuel, c’est aussi une façon de participer au rayonnement de l’Afrique ? 

Le but, c’est de former des talents locaux à ces métiers de la réalisation, de la production. On ne peut pas être compétitifs si on ne maîtrise pas les techniques.

C’est essentiel car j’en ai assez que les histoires africaines ne sortent pas. C’est la vie a été projetée en Europe ; les femmes nous ont dit : « Mais c’est super, et on apprend plein de choses ! » Par exemple, le fait qu’il existe une dizaine d’outils contraceptifs pour les femmes, elles l’ont découvert grâce à la série. Alors oui, on peut maintenant produire des choses de qualité en Afrique. Il suffit de faire confiance à sa jeunesse qui ne demande qu’à apprendre.

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