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Samuel Gbèkpon, le prodigieux inventeur du dispositif SIVE au secours des cultures de latex d’hévéa en Côte d’Ivoire

Inventeur, chef d’entreprise, porteur et promoteur de projet, coach en entrepreneuriat et formateur-expert en éducation au changement de mentalité : avec tous ces titres à seulement 24 ans, Sevi Samuel N’guessan Gbèkpon est tout simplement le prototype parfait d’une âme bien née. Avec un niveau bac+2, il a développé depuis ses 17 ans, le dispositif SIVE, une solution utilisable aux cultivateurs de latex d’hévéa ou caoutchouc naturel, qui aboutira à la création de sa première entreprise en 2016 ayant aujourd’hui 3 départements distincts. Découverte de l’expérience d’un jeune qui veut se rendre utile pour l’Afrique et le monde.

 

Magazine InAfrik : Quand vous êtes-vous découvert la fibre entrepreneuriale ?

Samuel Gbèkpon : Je n’avais jamais pensé devenir entrepreneur. Mais déjà à l’âge de 14 ans, je nourrissais le rêve de faire partie des grandes personnalités de ce monde, d’où ma première citation dite à cet âge :

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« je ne voudrais pas faire partie de ceux qui passent dans ce monde, mais plutôt de ceux qui le marquent. » Je me disais aussi que : « l’histoire de mon pays et de mon continent ne doit pas se raconter sans y faire figurer mon nom » et que : « je suis la solution à un problème de mon pays, mon continent et même du monde. » Cette mentalité, je l’ai apprise grâce une Organisation internationale à laquelle j’appartiens depuis 2008 dénommée : International Youth Fellowship (IYF).

Il m’était important, voire indispensable de me faire encadrer à plusieurs niveaux et d’entrer dans une école de la vie pendant que la vie de l’école ne pouvait tout prendre en compte. Car, nous vivons dans un monde où le changement est si rapide et perpétuel qu’il faut des structures comme l’IYF pour encadrer la jeunesse. Le Fondateur de cette Organisation, Dr Ock Soo Park, disait : « ne vous focalisez pas sur ce que vous êtes aujourd’hui, mais espérez en ce que vous pouvez devenir demain. »

En résumé, tous ces facteurs ont ouvert mon esprit sur le monde qui m’entourait et j’étais toujours à la recherche de problèmes à résoudre ou d’opportunités à saisir. Car, votre vie n’a de sens que lorsque vous souhaitez la vivre pour apporter des solutions pouvant révolutionner et améliorer la vie de plusieurs personnes. Et c’est ainsi que l’on devient immortel dans le cœur de l’humanité.

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Quel déclic vous a conduit à l’invention du protège tasse à latex d’hévéa ?

L’idée de l’invention “SIVE” est née en Septembre 2011 lors d’un voyage effectué au village. J’écoutais régulièrement les plaintes de mon grand-père sur la détérioration des productions par les eaux de pluie. J’ai fait le constat de cette situation pénible par moi-même. Sachant que les saisons de pluie sont des intempéries naturelles et dont la grande saison part du mois d’Avril à Juillet et la petite de Septembre à Novembre, j’étais décidé à y remédier.

Comme mon grand-père, les planteurs d’hévéa investissent assez d’argent dans la mise en place de leurs plantations. Malgré la pluie qui pourrait détruire leurs récoltes, ils sont déterminés à aller au bout de leur quête, dans l’espoir que dès les premières années, ils soient en mesure d’amortir leurs dépenses, au vu du bénéfice colossal qu’une plantation d’hévéa peut générer. Aussi, n’est-il pas à ignorer le caractère très souvent défavorable de la variation du prix bord champ de l’hévéa. Mais cela pourrait être sans effet sur le revenu global, si la production de l’hévéa se fait sans interruption dans le courant de l’année.

Au cours des périodes les plus favorables pour la saignée, c’est-à-dire les saisons pluvieuses où l’arbre de l’hévéa absorbe beaucoup d’eau et donc produit beaucoup plus de latex, un planteur qui aurait pu faire sa production sans avoir à se soucier des pertes ou des réductions de la qualité du latex, pourra absolument avoir une augmentation de ses revenus annuels. Après maintes observations et de longues réflexions, j’ai inventé un dispositif très simple pouvant apporter la solution.

De façon concrète, quelles solutions apportez-vous ?

Nous mettons en place un projet industriel de fabrication et de commercialisation de l’invention SIVE, un dispositif en plastique conçu pour protéger la tasse qui recueille le latex d’hévéa ou caoutchouc naturel contre les eaux de pluie. La pluie empêche la bonne, constante et abondante production du latex. Les eaux de pluie qui inondent les tasses d’hévéa, provoquent d’énormes pertes estimées à près de 35% (souvent plus) de la production totale, détériorent la qualité du caoutchouc naturel par l’augmentation du taux d’humidité et appauvrit les braves paysans.

Cette invention permettra aux planteurs de protéger leurs productions des eaux de pluie afin de produire du latex tout au long de l’année, sans risque de réduction de qualité et des pertes de production. Cela contribuera à sauvegarder leurs récoltes qui se perdaient, et accroître leurs revenus avec un produit de qualité.

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Comment se présente le dispositif ?

Le protège tasse à latex SIVE  est un dispositif simple et en plastique, composé de deux parties :

  • La première partie comprend le bracelet flexible qui fait un demi-cercle doté d’un ceinturon dans lequel passe une ceinture en plastique qui permet de fixer et d’équilibrer le dispositif au-dessus de la partie saignée de l’arbre. Elle permet de fixer et d’adapter au mieux le dispositif.

Ce dispositif étanche et très adhésif à l’arbre, garantit l’imperméabilité de sorte à ne pas laisser passer les eaux de ruissellement à travers le tronc de l’arbre et le dispositif. Cette partie est dotée d’une flexibilité lui permettant de s’adapter aux arbres d’hévéa ayant des circonférences allant de 30 cm à 1 m.

  • La deuxième partie est celle qui protège la tasse à latex. Elle joue le rôle de parapluie pour la tasse. C’est une sorte de demi-cône fixée au bracelet. Son extrémité libre a des bordures légèrement incurvées et relevées vers le haut pour évacuer l’eau de ruissellement vers l’arrière en évitant la tasse.
Récupération du latex d'hévéa
Récupération du latex d’hévéa

Comment s’est passée la phase de conception ?

Nous avons eu l’idée en 2011. En 2013, nous avons fait la demande de brevet qui ne sera obtenu et publié qu’en 2015. Après cette étape, nous avons lancé la première phase de prototypage et de test qui fut un échec total car nous n’avions pas pris en compte les réalités et besoins exacts des clients (planteurs d’hévéa ou producteur de caoutchouc naturel). Après d’autres phases d’étude en partenariat avec des structures de technologie expertes dans le monde agricole, nous avons réalisé des prototypes artisanaux qui étaient parfaits. Depuis 2016, après la création de l’entreprise, nous nous sommes lancés dans une phase de levée de fonds pour débuter l’étape industrielle du projet et satisfaire les fortes demandes.

Grâce à votre invention, quels chiffres d’affaires visez-vous pour les prochaines années ?

La taille de notre marché est estimée à plus de 430 000 hectares de plantations d’hévéa exploités en Côte d’Ivoire comptant 540 plants par hectare, soit plus de 232 200 000 plants à protéger contre la pluie. Nous avons un taux de croissance du marché national évalué à 12% par an, avec un potentiel du marché national estimé à plus de 232 200 000 d’exemplaires de SIVE à commercialiser. La part de marché que nous visons est de 30 % pour une période de 5 ans, soit près de 70 millions de dispositifs à commercialiser pour un chiffre d’affaire d’environ 43 millions d’euros.

Les intentions de commande en attente sont de 16 millions de dispositifs. Et nos principaux clients sont les paysans, les associations de planteurs d’hévéa, les mutuelles de planteurs d’hévéa, les groupements syndicaux, les sociétés industrielles, les coopératives de planteurs d’hévéa, les revendeurs etc. Les autres pays africains et du monde qui produisent de l’hévéa et où l’invention pourrait être commercialisée sont : Liberia, Ghana, Cameroun, Gabon, Nigeria, Guinée, Singapour, Malaisie, Inde, Thaïlande, Myanmar, Chine, Brasil etc.

Avez-vous des concurrents sur le marché ? Si oui, quelle innovation vous démarque des autres ?

Il existe des moyens de protection d’ordre chimique : un coagulateur acide qui, une fois en contact avec le latex le coagule rapidement, évitant sa perte. Cependant, ce produit n’est pas sans inconvénients sur l’arbre (agression acide sur les racines et le tronc), sur l’environnement (appauvrissement du sol et élimination des certaines espèces végétales) et sur la chaîne secondaire de transformation (production des différents objets à base de latex).

Le protège tasse à Latex SIVE est un outil :

  • Adaptable à toutes les circonférences des troncs d’hévéas
  • Simple à utiliser
  • Accessible à tous
  • Aucun besoin d’expertise ou d’ingénierie pour l’installation
  • Temps d’installation rapide
  • Respectueux de l’environnement
  • Recyclable
  • Utilisable pendant 5 ans au moins
  • Qui contribue à préserver les récoltes et leur assurer une bonne qualité
  • Brevet d’invention

Avez-vous reçu le soutien de l’Etat ivoirien pour la duplication de votre dispositif ?

L’Etat subventionne l’obtention du brevet mais n’accompagne pas à proprement dire la réalisation ou l’industrialisation des projets. Il essaie plutôt de créer un environnement favorable aux startups.

Pourquoi avoir orienté votre invention dans le secteur agricole et non dans le numérique, comme la plupart de vos contemporains ?

Un entrepreneur, c’est quelqu’un qui apporte des solutions nouvelles, concrètes et à impact significatif sur la vie de plusieurs personnes. Il faut tout faire avec objectif car l’avenir ne se découvre pas, il se crée. Le choix du monde agricole s’est imposé à moi car je ne pouvais rester indifférent aux problèmes des cultivateurs d’hévéa dans mon pays. Il me fallait trouver une solution comme si c’était une mission qui m’était assignée. Alors, cette opportunité m’a fait entrer dans le monde agricole dont je suis finalement tombé amoureux. N’empêche que dans ma startup, nous ouvrirons bientôt un département pour des innovations dans le domaine de l’énergie et du numérique car j’ai des projets d’étude dans ce sens.

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Quelles sont les distinctions reçues et les retombées subséquentes ?

Je peux citer :

  • Prix de la meilleure startup Ivoirienne lors des African Rethink Award 2017 ;
  • Représentant de la Côte d’Ivoire au FALLING WALLS LAB Berlin 2017 ;
  • Premier Prix catégorie 5 du concours de l’innovation agricole durable CIAD 2017 ;
  • Premier Prix catégorie Technologie des 35 Jeunes qui font bouger l’espace Francophone en 2017 ;
  • Prix AFRICA 2.0 de l’Agro-preneur 2017 ;
  • Vice-Champion d’Afrique du PITCH HUB AFRICA 2017 à Casablanca au Maroc ;
  • Champion National Get In the Ring 2017;
  • Prix du Capital Intelligent de la BPC 2016 par la CGECI (Patronat Ivoirien) (prix certifié KPMG) ;
  • Prix PASRES du Meilleur Jeune Inventeur Ivoirien 2015 ;
  • Sélection dans le top 10 des meilleurs jeunes inventeurs Africains 2015 par l’AIF ;
  • Participation à la grande rencontre des jeunes entrepreneurs du monde francophone à Montréal en Avril 2017 organisée par Les Offices Jeunesses Internationales du Québec (LOJIQ) ;
  • Représentant de la Côte d’Ivoire au Botswana lors de l’IPA 2016 organisé par l’AIF.

Ces prix sont pour certains, accompagnés de petits montants symboliques, souvent juste de reconnaissance ou par moment des promesses non tenues. Néanmoins, ces prix nous ont permis d’avoir une certaine visibilité sur le plan national et international et servaient en même temps de campagne marketing. D’où l’engouement de certains clients pour notre dispositif. Aussi, nous ont-ils permis d’avoir accès à des possibilités financières et aidé dans la création de l’entreprise.

Samuel Gbèkpon inventeur du dispositif SIVE
Samuel Gbèkpon inventeur du dispositif SIVE

Quelles sont vos ambitions à moyen et long terme ?

A moyen terme, nous souhaitons démarrer la phase industrielle et servir la forte demande que nous avons actuellement. A long terme, nous ambitionnons d’exporter la solution dans d’autres pays où se cultive l’hévéa. Nous envisageons aussi de positionner l’entreprise comme le n°1 des solutions agricoles par la mise en œuvre d’autres solutions dans plusieurs secteurs agricoles. Enfin, nous voulons faire une levée de fonds de 336 000 euros qui servira à lancer la phase industrielle du projet et satisfaire le marché national avec son énorme potentiel.

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Michael TCHOKPODO

Redacteur du magazine InAfrik

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